Autour de la « politique » lacanienne

Par F. Haccoun – Le 24 mars dernier, accueillies par la librairie L’Odeur du temps (Marseille), nos collègues membres de l’ECF, Sylvie Goumet, pour son livre Passions célibataires, Dominique Pasco, pour Choix de partenaire(s), et Elisabeth Pontier, pour Trouver sa solution avec la psychanalyse, ont présenté la réédition de leurs ouvrages dans la nouvelle et très élégante collection L’Avenir dure longtemps (ADL), sous la responsabilité d’Hervé Castanet. La journaliste Gaëlle Cloarec (Zibeline) était de la partie et a témoigné par ses nombreuses questions de son grand intérêt pour le champ de la psychanalyse. La question suivante donne le ton donné au débat : comment entendre cette célèbre phrase de Lacan, « l’inconscient c’est la politique[1] », à l’époque du parlêtre[2] ?

Souhaitons à cette nouvelle collection qu’elle vive… longtemps, très longtemps ! Et comment peut-il en être autrement quand ces ouvrages traitent de la sorte d’une politique si brûlante comme celle des symptômes contemporains ? Ce fut un débat de résistance analytique. Les trois ouvrages montrent, dans le style singulier de leurs auteures, comment la science cherche à éliminer le symptôme par son classement dans la notion de troubles.

Folon, L'artiste, 1973.

Folon, L’artiste, 1973.

Chaque ouvrage fait réponse et objecte à une visée normative qui alignerait le sujet dans un pour tout x universalisant. Le débat, avec l’éthique et la sobriété qui conviennent, est resté au plus près de ce qui a opéré pour chacun dans le dialogue inédit entre analysant, avec sa mise sur l’opération analytique, et analyste, par un pari sur son acte. Ont été ainsi abordés et débattus de façon vive plusieurs thèmes :
– Le discours capitaliste relaye celui du maître, soit celui de l’inconscient.
– L’inconscient met le sujet au travail pour en extraire le plus-de-jouir.
– Le bon usage du symptôme : à quoi sert-il ? que serre-t-il ?
– Une clinique pragmatique pour mieux savoir-y-faire avec la jouissance dont on ne veut rien savoir.
– Viser la création de chaque parlêtre, c’est une aventure où le tordu du symptôme prend toute sa dimension d’invention pour chacun.
– La dimension enseignante du cas : l’illustration de la clinique au CPCT, et son pari, ont été illustrés par nos trois collègues à partir de cas cliniques et de leurs effets thérapeutiques.
– La pratique analytique, elle-même, connait sa modalité d’évaluation par le contrôle de sa pratique.

L’évaluation dite « maximale » se situe autour du dispositif de la passe. Ce débat a tenu son objectif de politique lacanienne et a démontré ce qu’être lacanien veut dire. Comment chaque parlêtre, en dehors des sentiers battus de la voie du père et de l’Œdipe, peut trouver son style, ses propres arrangements symptomatiques par la psychanalyse. Oui, mais pas sans le réel en jeu que le tout dernier enseignement de Lacan, revisité par Jacques-Alain Miller, permet.

À chacun sa poésie fut le mot de conclusion. Reprenons le dire de Lacan : « Je vous l’ai dit avec de la poésie qui est effet de sens, mais aussi bien effet de trou. Il n’y a que la poésie, vous ai je dit, qui permette l’interprétation, et c’est en cela que je n’arrive plus, dans ma technique, à ce qu’elle tienne. Je ne suis pas assez poète (prononcé poîte (?) pouâte ?, pouâtassé ? ) : « Je ne suis pas poète assez.[3] » »

Françoise Haccoun

Pour lire la présentation de la rencontre, cliquer ici.

[1] Lacan, Jacques, Le Séminaire « La logique du fantasme », séance du 10 mai 1967. (inédit)

[2] Titre de la conférence d’Eric Laurent, samedi 13 juin 2015.

[3] Lacan, Jacques, Le Séminaire, livre XXIV, « L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre », 1976-1977, leçon du 17 mai 1977 (inédit).

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