SC. 2021 – « Une rencontre primordiale sur le chemin d’un nouveau paradigme  » par Christine Gasquet

En préparation de la Section clinique 2021 d’Aix-Marseille qui a pour thème « Clinique de l’urgence », Christine Gasquet, participante à la Section clinique d’Aix-Marseille, conseillère technique action sociale, témoigne du désir et de la nécessité de formation orientée par la psychanalyse par un texte intitulé « Une rencontre primordiale sur le chemin d’un nouveau paradigme ».

En poste de conseillère technique dans une institution se consacrant à l’amélioration de la vie des familles, je suis amenée en 2009 à approcher le champ de la psychanalyse orientée par Freud et Lacan, de plus près que ne me l’avait permis ma formation initiale de travailleur social.

Ma rencontre avec le CPCT Marseille-Aubagne[1] constitue l’élément fondateur. Ma curiosité émerge autour de la découverte de ce formidable outil et du concept de jouissance[2], référence lacanienne, orientant ses praticiens. C’est une trouvaille qui résonne personnellement au point de venir mettre des mots sur un « processus » intuitivement pressenti depuis longtemps. Pour exemple, siégeant alors à la commission de surendettement Banque de France, s’impose à moi venant illustrer « la montée au zénith social de l’objet a[3] » que dans la situation des personnes concernées par le surendettement leur programme singulier de jouissance y est forcément impliqué. L’orientation lacanienne me permet la rencontre d’un langage nouveau, d’un jargon inconnu. La dimension globale du discours « me parle » et l’enjeu éthique d’un « bien dire » m’attire. Avec l’impression d’être face à une montagne, mais très motivée pour tenter de la gravir, je m’inscris à la Section Clinique ainsi que les années suivantes.

 Quid d’un désir et d’une nécessité de formation orientée par la psychanalyse ?

Les manifestations du réel de la pandémie covid19 vécue depuis près d’une année au plan collectif comme au plus intime, mettent en évidence la fragilité des repères personnels et professionnels permettant à chacun de tenir dans le monde. A défaut d’un discours dominant cohérent venant borner une réalité collective inédite et endiguer les angoisses individuelles, scientifiques et politiques se disputent le devant de la scène médiatique contribuant au chaos social atteignant, dit-on, la santé psychique des français. Dans ce contexte et pour exemple, la référence au concept des Quatre discours[4] peut s’avérer une boussole précieuse.

La formation dans le cadre de la Section Clinique constitue donc une instance intelligente ménagée dans l’œil du cyclone, un espace ouvert et bienveillant, un lieu de ressourcement professionnel et personnel. N’ayant pas pour ma part de pratique “au pied du lit du malade” soit relevant d’une posture clinique orientée par la psychanalyse, dans quelle mesure les concepts lacaniens offrent-ils des outils en travail social ? Mon cheminement dans cette perception ne va pas sans questions.

Chargée de coconstruire avec des usagers leurs solutions, accompagner des travailleurs sociaux engagés avec ces personnes dans des projets puis des actions, ou encore élaborer des stratégies avec des pairs en position hiérarchique auprès de ces travailleurs sociaux, les concepts lacaniens amènent un éclairage nouveau sur les relations, permettent un pas de côté dans les situations. Ils constituent de précieuses clés de lecture des postures, présentent des balises de décryptage des différents discours et des programmes de jouissance à l’œuvre, tant sur le plan individuel que collectif.

Complexe mais passionnante navigation dans l’univers des mots, abordant les maux au cas par cas, mêlant les intentions de chacun et visant la production d’un sens validé par l’Autre. Au-delà d’une prise en compte de l’économie des signes de reconnaissance chère au behaviorisme, il est important de porter attention aux programmes de jouissance en jeu.

Peut-on dire que la référence aux concepts lacaniens et aux outils cliniques ouvre l’accès à un vocabulaire de “mots balise” afin d’éviter les trop nombreux “mots valise” ? et que ces repères facilitent l’abord d’un réel réputé impossible et hors sens

[1] Centre Psychanalytique de Consultations et de Traitement

[2] Extrait d’un dossier du site de la Section Clinique 2021, « La jouissance envisagée sur le mode de la satisfaction – et en tant qu’elle se distingue du désir – inclut la libido et la pulsion de mort ; […] Mais la libido ne se réduit pas au signifiant. Sa symbolisation produit un reste non signifiantisable, l’objet petit a. » / https://www.section-clinique.org/article/sylvie-goumet-du-concept-de-libido-au-concept-de-jouissance/61

[3] Lacan J., Radiophonie, Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.414.

[4] Lacan J., Le Séminaire, Livre XVII, L’envers de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1991.

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