SC. 2021 – « A bras le corps  » par Vanessa Delaizir

En préparation de la Section clinique 2021 d’Aix-Marseille qui a pour thème « Clinique de l’urgence », Vanessa Delaizir, participante à la Section clinique d’Aix-Marseille, psychologue clinicienne, témoigne du désir et de la nécessité de formation orientée par la psychanalyse par un texte intitulé « A bras le corps ».

Psychologue clinicienne dans un Centre de Jour pour Adolescents, je suis arrivée à la psychanalyse par la cure, et c’est également elle qui m’a menée aux cours de la section clinique avec le désir de vouloir y saisir quelques concepts théoriques qui viendraient répondre aux problématiques rencontrées dans ma pratique en pédopsychiatrie. La clinique avec les adolescents est très souvent une clinique du passage à l’acte qu’il faut prendre « à bras le corps ». C’est avec ce corps qui change, étrange et parfois étranger, qu’ils se présentent. C’est par lui qu’ils s’expriment, qu’ils inscrivent un mal-être avec les scarifications, une appartenance avec les tatouages et piercing, du rien dans l’anorexie ou du morcellement dans la psychose. Chacun à leur manière, ils nous indiquent le réel auquel ils ont à faire, leur insupportable, leur indicible face auquel il n’est pas toujours aisé de savoir y faire. 

 Le centre de jour est un service en cours de création qui a pour vocation d’accueillir des jeunes de 12 à 18 ans pour qui le lien social est un combat de tous les jours. Ils ont, pour la plupart, un parcours institutionnel conséquent et sont le plus souvent amenés par l’Autre scolaire, familial ou encore social sans demande de leur part. Le travail du clinicien est alors de trouver un fil, une accroche qui est propre à chaque sujet et qui tient compte de sa singularité.

Les enseignements de la Section Clinique me rappellent, à ce titre, la nécessité de recevoir chaque patient au un par un, de le laisser dire sa vérité, d’inventer et de bricoler avec lui, hors des sentiers battus, pour que quelque chose tienne et fasse lien social.

Les trois modules de la section clinique que sont : la présentation de malade, le séminaire théorique et l’élucidation de cas forment un ensemble qui articule pratique et théorie, ce qui me donne de précieuses indications dans ma pratique professionnelle.

Cela permet également de prendre une respiration, un élan, d’insuffler une nouvelle dynamique dans des prises en charge compliquées au sein d’institutions souvent mises à mal et où la dialectique ne trouve pas toujours sa place. Il est si simple de perdre le fil, le sens de notre intervention au milieu des urgences, impératifs et demandes de chacun, les cours de la section clinique esquissent une orientation, une direction, une boussole qui à défaut d’indiquer le nord, balise le chemin. Cela m’a permis de toucher du doigt un biais fondamental « Commencez par ne pas croire que vous comprenez »[1] et que j’essaye de mettre sans arrêt au travail.

Pour conclure, les cours de la Section Clinique n’ont pas étanché ma soif de savoir. Je n’y ai pas trouvé ce que j’espérai, j’y ai trouvé autre chose et tant mieux !

Le savoir ne se collectionne pas comme les lectures de séminaires dans un « Ca, c’est fait » qui permettrait de cocher les cases d’un savoir livresque.

 Mon inscription aux enseignements de la section clinique, depuis 4 ans maintenant, fait partie pleinement de mon parcours personnel et professionnel, orienté par la psychanalyse lacanienne. L’analyse reste centrale, c’est de ce point nodal qu’est issu mon désir mais il est nourri par le contrôle, les cours, le Cartel, les conférences … Mon désir de savoir reste vif, inextinguible. Tel le tonneau des Danaïdes, il ne sera jamais rempli, mais je n’ai plus peur de m’atteler à la tâche, après tout « la seule chose dont on puisse être coupable […], c’est d’avoir cédé sur son désir »[2].

[1] J. LACAN, Le Séminaire, livre III, Les Psychoses, (1955-1956), Paris, Seuil, 1981, p 29

[2]  J. Lacan, Le Séminaire, livre VII, L’Ethique de la Psychanalyse, ( 1959-1960), Paris, Seuil, 1986, p 368J.

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