SC. "Pourquoi Freud invente-t-il la seconde topique?", par Françoise Denan

En préparation des Conférences d’introduction à la psychanalyse organisée par la Section clinique d’Aix-Marseille intitulées « L’invention de l’insconscient », Françoise Denan, enseignante associée à la Section clinique nous livre ce texte Pourquoi Freud invente-t-il la seconde topique?

La première topique se compose de trois instances : le conscient, le préconscient (ou siège des pensées latentes) et l’inconscient (ou siège du refoulé). Elle voit le jour avec le travail de Freud sur les rêves, les actes manqués et le mot d’esprit, longuement commentés par Lacan dans le Séminaire Les formations de l’inconscient. L’inconscient y est conçu à partir du langage : les représentations qui dérangent sont refoulées dans l’inconscient et le travail analytique doit les ramener au niveau conscient. Le préconscient n’a d’autre fonction que de ne pas encombrer le conscient : il est composé de pensées dites « latentes ».

La seconde topique s’organise également autour de trois pôles : le moi, le ça et le surmoi. Cela dit, il ne s’agit pas d’un simple changement de vocabulaire. Il y a une difficulté conceptuelle dans ce passage de la première topique à la seconde topique freudiennes. En effet, ce n’est pas un élément « en plus » à ajouter à la construction qui précède, dans une logique de Lego qui s’imbriquent les uns dans les autres, mais d’une véritable refondation de la métapsychologie freudienne. Il ne s’agit pas non plus de pousser une porte pour découvrir une nouvelle pièce conçue à partir de mêmes normes architecturales ; à la manière de certains romans de science-fiction, par exemple 1Q84 de Murakami, le passage du seuil ouvre plutôt sur un univers entièrement inconnu. Lorsque Freud y accède, il parle d’ailleurs lui-même de « spéculation » pour marquer ce caractère de découverte aventureuse.

La seconde topique impose donc de modifier l’ensemble des concepts de façon systématique, ce que Freud a entrepris dans la deuxième partie de son œuvre. En particulier, il revisite les notions d’Œdipe, de narcissisme, de masochisme, etc. En bref, il s’agit désormais de penser la vie psychique non plus à partir du symbolique mais selon le prisme du réel de la pulsion. Ce qui n’annule pas pour autant la pertinence de la première topique.

Le deuxième cours des Conférences d’introduction à la psychanalyse développera quelques-unes des conséquences de ce changement de paradigme.



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