SC. « La tension agressive au fondement du rapport à l’autre » par Elisabeth Pontier

En préparation de la session 2020 de propédeutique organisée par la Section clinique d’Aix-Marseille intitulée «Clinique de la violence », Elisabeth Pontier, psychanalyste à Marseille, membre de l’ECF, enseignante à la Section clinique d’Aix-Marseille nous livre un texte intitulé « La tension agressive au fondement du rapport à l’autre» 

Avec le stade du miroir[1] Lacan a éclairé comment la relation au semblable, à son image, est constituante pour le sujet. L’image au miroir va en effet permettre au moi de trouver un sentiment d’unité là où règne encore le morcellement dû à sa prématurité naturelle. Cette unification est aussi recouvrement d’une béance qui ne s’effacera jamais totalement. Cette aliénation à l’autre, au prochain, installée au cœur du sujet comme une menace, sera la source d’une tension agressive. « […] en lui [le sujet humain] il y a un moi qui lui est toujours en partie étranger, maître implanté en lui par-dessus l’ensemble de ses tendances, de ses comportements, de ses instincts, de ses pulsions. »[2]

Lors de la crise psychotique, des phénomènes de double se produisent suite à la dissolution imaginaire. Ils dévoilent ce rapport au semblable structural.

Gérard de Nerval dans ce très beau texte, Aurélia, qui relate son expérience, en témoigne en ces termes : « Une idée terrible me vint : l’homme est double, me dis-je. – « Je sens deux hommes en moi « , a écrit un Père de l’Eglise. – Le concours de deux âmes a déposé ce germe mixte dans un corps qui lui-même offre à la vue deux portions similaires reproduites dans tous les organes de sa structure. Il y a en tout homme un spectateur et un acteur, celui qui parle et celui qui répond. Les Orientaux ont vu là deux ennemis : le bon et le mauvais génie. Suis-je le bon ? suis-je le mauvais ? me disais-je. En tout cas, l’autre m’est hostile… »[3]

Comment la tension agressive propre à l’axe imaginaire peut-elle être surmontée ? A ce moment de son enseignement –  moment du retour à Freud – Lacan avance qu’il « faut une loi, une chaîne, un ordre symbolique, l’intervention de l’ordre de la parole, c’est-à-dire du père. Non pas le père naturel, mais ce qui s’appelle le père. L’ordre qui empêche la collision et l’éclatement de la situation dans l’ensemble est fondé sur l’existence de ce nom du père »[4].

Plus tard dans son enseignement, Lacan remettra en question la suprématie du symbolique et fera équivaloir les trois dimensions : réel, symbolique et imaginaire. Le stade du miroir sera supplanté par la topologie du nœud pour rendre compte de ce qui fonde le parlêtre. Le nom du père ne sera plus l’unique façon dont le nouage des trois dimensions peut s’effectuer.

[1] Lacan, J., « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je telle qu’elle nous est révélée dans l’expérience psychanalytique » (1949), Écrits, Paris, Seuil, coll. Champ Freudien, 1966, p. 93 – 100.

[2] Lacan, J., Le Séminaire, livre III, Les psychoses, Seuil, Paris, 1981, texte établi par Jacques-Alain Miller, p. 107.

[3] Nerval, G., Aurélia, Le Livre de Poche n° 14623, p.47.

[4] Lacan, J, op. cit. p.111.



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