CPCT. Colloque 2019 « Vieillir c’est vivre », par Catherine Lacaze-Paule

En préparation du Colloque Vieillir qui aura lieu le 3 décembre à Marseille, Renée Adjiman, psychologue clinicienne, consultante au CPCT Marseille-Aubagne a sélectionné un extrait de l’article de Catherine Lacaze-Paule, psychanalyste à Bordeaux, membre de l’Ecole de la Cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse. Il est intitulé « Vieillir c’est vivre » et est publié dans l’ouvrage collectif Vieillir aujourd’hui, Perspectives cliniques et politiques aux éditions Champ social.

« Il n’est plus rare qu’à l’occasion de la perspective d’un départ à la retraite, son expérience et la réinvention de la vie, le remaniement des identifications et des modes de vie qu’elle suppose, une demande s’exprime. Comment faire face au vide laissé par le travail, ses horaires, ses contraintes, ses relations mais surtout au sentiment d’être utile ? Utile car agissant, participant à la production, utile parce que rentable. Utile car, à défaut de trouver un sens à la vie, certains sujets tentent d’y substituer une valeur. Une valeur comptable sur le marché du travail qui donne un semblant de prix, ici réduit à un coût, un « emploi » de son être. Le défaut de l’utilité éprouvé par les nommés « employés » produit alors le sentiment d’être jetable et le rejet. Ce rejet de l’autre au rejet de soi. Le sentiment d’utilité, et son envers, l’inutilité renforce la méconnaissance du prix du désir et de la jouissance. Les effets sont à recueillir, au cas par cas. […]

La subjectivité traverse des expériences, parfois inédites de vide, de désert et vacuité. Le corps devient étrange, inquiétant, en proie à des signes de maladies, ou de douleurs… La retraite peut être l’événement qui révèle un nœud qui se défait, évoquant une « externalité sociale, subjective ou corporelle » que la psychose ordinaire, telle que Jacques-Alain Miller l’a dégagée, nous permet de saisir et de nous orienter face à ces phénomènes. D’où le psychanalyste va-t-il répondre ? Nulle sagesse à transmettre ou à faire advenir, pas plus que la recherche d’un bien. Le psychanalyste ne valide pas une vérité sur l’être. Le psychanalyste conduit, par son opération, à partir de l’inconscient, soit ce qui le détermine, vers ce qui l’anime, soit sa jouissance singulière, la façon dont pour chacun l’impact des mots sur le corps a frappé. La façon dont s’est nouée pour lui sa relation à l’Autre du savoir, delà vérité, de la jouissance. La demande de parole, adressée à la psychanalyse, se fait d’autant plus facilement aujourd’hui que l’on attend du psychanalyste, non pas un accès au bonheur, une démarche et une pensée positive, un bien vieillir ou un bien mourir mais une approche singulière à distance des commandements au bonheur, aux idéaux et au surmoi qui les sous-tend »[1]

[1] Catherine LACAZE-PAULE, « Vieillir, c’est vivre », in Vieillir aujourd’hui. Perspectives cliniques et politiques, Amandine Simon, Alexia Duchêne et Yves-Marie Le Guernic (sous la dir.) », Champ social éditions, Collection psychanalyse, 2019, p.44 et 45.

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