CPCT. Colloque 2019 « Nos vieux », par Françoise Labridy

En préparation du Colloque Vieillir qui aura lieu le 3 décembre à Marseille, Françoise Biasotto, psychologue clinicienne, consultante au CPCT Marseille-Aubagne a sélectionné un extrait de l’article Nos vieux de Françoise Labridy , psychanalyste, membre de l’Ecole de la Cause freudienne et de l ‘Association mondiale de psychanalyse, publié dans la revue Mental numéro 15[1]

 « Pas d’autre façon de s’occuper des vieux qu’en faisant l’hypothèse du sujet à la parole, et à la langue, donc à l’inconscient, qu’en cherchant une intervention pluralisée aux différentes perceptions du manque du corps. La vieillesse dénude la structure du manque, du hors-norme, de ce qui échappe à la norme, elle fait éclater les limites ou rétrécit les possibles. La réduction du souffle, la perte d’autonomie des mouvements apparaissent souvent comme des limitations vitales qui angoissent de manière variable. Le corps trahit ce qui était vécu auparavant comme une maîtrise. Comment faire avec ce corps qui lâche, qui défaille, qui manque, sans seulement le combler d’emblée par des objets substitutifs, répondre par une solution médicale ou technique ? Comment vivre à partir du manque et de la perte progressive de la maîtrise de soi ? C’est ce que les vieux peuvent nous apprendre, si on leur laisse la possibilité d’en dire quelque chose. Pourquoi s’entête-t-on à voir les vieux à partir de l’image des corps jeunes, pourquoi  veut-on leur imposer les normes d’une santé idéale et d’une autonomie supposée infiniment reculée, au lieu de les laisser trouver et inventer des solutions de vie avec un corps qui se défait, qui ne répond plus de la même façon mais qui peut aussi faire appel à des ressources imprévues ? 

La modification du nouage entre le signifiant, le corps et la jouissance.

 On peut supposer que le nouage qui s’était établi dans l’enfance et dans l’adolescence entre le signifiant, le corps et la jouissance, aura à se modifier pour un sujet qui vieillit. La construction symbolique auparavant efficace, ne l’est plus, une autre peut-être construite à condition que les partenaires de la personne âgée, parents, soignants…acceptent que la seule vraie « maladie humaine », c’est d’être pris comme vivant dans le langage. La conséquence en étant que la définition même d’un corps, c’est d’être une « substance jouissante »[2]. C’est prendre au sérieux ce qui se passe dans la vie de tous les jours de nos vieux, de respecter ce dont ils veulent encore jouir sans leur imposer ce qui serait bon pour eux, d’accepter que leur corps est avant tout le support de leur présence à la vie, qu’il n’y a pas à être hypostasié pour une image idéale ou pour les critères extérieurs de santé ou d’esthétique, parce que cette présence de la vie dans un corps est une énigme et que c’est la leur. Lacan la qualifiait de mystère impénétrable. »

[1] in Mental, « La psychanalyse appliquée à tous les âges », Revue internationale de santé mentale et psychanalyse appliquée, Nouvelle école lacanienne, N° 15, février 2005, p. 114-115.

[2] J. Lacan, Séminaire XXI, « Les non-dupes errent », séance du 12 mars 1974 (inédit).

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