SC. Colloque 2019. « La part de mystère » par Marc Antoni

 

En préparation du Colloque Psychiatrie-Psychanalyse des 26-27 septembre, Marc Antoni, praticien hospitalier, chef de service au Centre hospitalier Valvert, répond à Élisabeth Pontier, enseignante à la Section clinique d’Aix-Marseille.

La part de mystère

Vous m’avez demandé pourquoi j’avais accepté une présentation de malade dans le service dont j’ai la responsabilité. Vous répondre revient à parler de ce qui m’a décidé à devenir psychiatre. Lorsque j’étais étudiant en médecine, je m’étais posé la question d’une spécialité et je n’arrivais pas à la résoudre, les éliminant une à une. Et après avoir fait quelques stages, je me sentais de moins en moins capable d’être médecin. C’est la découverte de la psychiatrie qui m’a sauvé de l’impasse dans laquelle j’étais. Car une fois que l’on est en cinquième année de médecine, il est difficile de changer d’orientation. Alors pourquoi je ne me sentais pas capable d’être médecin ? En quoi la psychiatrie m’a-t-elle rassuré ?

Je n’arrivais pas à limiter ma relation à l’autre au problème de la biologie et réduire l’autre à un ensemble de mécanismes complexes, même si cela me semblait très savant, très élaboré. Je n’arrivais pas à envisager l’autre en tant que modèle de compréhension biologique, épidémiologique, démographique. Ce qui m’attirait, c’était cette part de mystère qu’il y a dans l’autre. Ce mystère, seule la psychiatrie me permettait, non pas de l’atteindre, puisque par définition ce n’est pas possible, mais me permettait de l’élaborer, de l’envisager. Dans les autres spécialités le mystère n’est pas concevable.

Je fais mien les propos de Gabriel Marcel qui distingue le problème et le mystère. Je ne pouvais pas réduire l’autre à une série de problèmes, aussi complexe soit-elle. Selon lui, le problème est toujours devant soi, en dehors de soi. C’est un objet que je dois travailler, dans lequel je ne suis pas. Alors que le mystère, je suis dedans. C’est ça qui m’intéresse.

Je suis nourri de toute cette philosophie française de la deuxième moitié du XXème siècle avec Foucault, Derrida, Sartre, Jankélévitch qui pose le sujet comme présentant une part de « mystère » et pas uniquement comme objet de compréhension. La psychiatrie avec des maîtres comme Tatossian, Sutter, Scotto, et surtout celui qui m’a fait découvrir cette spécialité dans toute sa complexité, Jean-Paul Liauzu, la psychanalyse, la phénoménologie et son approche herméneutique du sujet, comme le dirait Foucault, m’ont apporté un grand soulagement. Cette psychiatrie ne conçoit pas uniquement l’autre comme problème à poser, mais s’intéresse à sa part de mystère,  le lieu de ce qui me lie à l’autre.

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