SC. Colloque 2019 – Interview – Gaëlle Marx-Bichat

En préparation du Colloque Psychiatrie-Psychanalyse des 26-27 septembre, Gaëlle Marx, psychiatre au Centre Médico-Psycho-Pédagogique Universitaire à Aix-en-Provence, répond aux questions d’Alain Revel, psychologue clinicien.

Que vous évoque ce thème du colloque : nouage psychiatrie/psychanalyse, du point de vue de votre pratique ?

Psychanalyse et psychiatrie me semblent indissociables bien que différenciées à la manière de deux troncs d’arbres noués qui ne peuvent pousser l’un sans l’autre. De mon point de vue, la psychanalyse est la seule théorie qui tienne aujourd’hui et permettre de comprendre les troubles psychiques, de savoir comment s’en saisir, comment se positionner dans notre place de thérapeute, comment faire pour que le patient puisse s’interroger sur lui-même. Qu’il s’agisse de névroses, psychoses ou perversions, la richesse des différents champs psychiques est abordée par la psychanalyse, elle permet de donner de la place à l’inconnu de la rencontre, parfois au vide de l’autre. 

 Aujourd’hui, les symptômes sont souvent considérés comme des troubles à éliminer. L’observable et le quantifiable, prennent le pas sur la dimension subjective. Que faire selon vous pour préserver le trésor clinique ?

Les résistances actuelles face à la psychanalyse sont puissantes et il me semble suicidaire de faire l’autruche ou de s’isoler dans sa tour d’ivoire. Comme dans toute discipline qui s’occupe de l’humain, il n’y a de réponse qu’individuelle, et il s’agit de mettre au travail et défendre notre place tout en acceptant les rivaux… c’est aussi prendre la mesure de la complexité dans laquelle les situations cliniques nous poussent. Comment construire des complémentarités, parfois cela peut cheminer tranquillement parfois en supportant des agirs. Ce qui m’importe c’est justement de garder sa propre boussole et de conserver le lien à l’autre. Ne pas se noyer dans les charges administratives de plus en plus nombreuses est essentiel. La psychanalyse rend justement possible de sortir de « la mentalité de groupe » — qui écrase la subjectivité — et d’être suffisamment « résistant » pour servir d’appui à l’autre fragilisé et lui permettre d’avoir accès à sa propre authenticité plutôt que de rester en faux-self. « La république des faux selfs[1] » c’est une société qui a déjà intégré depuis longtemps que l’image que l’on donne vaut plus que la réalité de ce que l’on est ou de ce qu’on réalise. ( cf« République des faux-selfs » de Pierre Delion) 

En quoi la psychanalyse peut être une boussole ?

C’est bien sûr ma boussole interne. Je ne m’intéresse peut-être pas suffisamment aux autres types de thérapie, mais il y a déjà tellement à faire à l’intérieur de la psychanalyse… C’est ce qui me permet de garder l’écart suffisant entre soi et l’autre et d’en faire quelque chose.

Comment et pourquoi se former lorsqu’on travaille en psychiatrie ?

La formation me paraît indispensable tout au long de la pratique. Comment, c’est une autre histoire. .. nous avons nous-même notre propre inconscient qui peut nous jouer des tours et nous sommes confrontés en permanence aux blessures psychiques des patients ; la métabolisation nécessite du temps.

La pluralité, pour moi, est essentielle, c’est pour cette raison que j’aime travailler en institution où l’on peut partager les points de vue cliniques avec d’autres thérapeutes.

[1] Delion P.,  La république des faux-selfs, D’Une éd., Novembre 2018

Le programme et la liste des intervenants

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