SC. Colloque 2019 – Interview – Armelle Guivarch

Armelle Guivarch, psychiatre, psychanalyste, membre de l’École de la Cause freudienne et de l’Association Mondiale de Psychanalyse, coordinatrice de l’Antenne clinique de Brest-Quimper. Elle répond aux questions de Patrick Roux, enseignant à la Section clinique d’Aix-Marseille.

Que vous évoque ce thème du colloque : Nouage psychiatrie/psychanalyse, du point de vue de votre pratique ?

      Il m’évoque un « dé-nouage » acté il y a quinze ans entre psychiatrie et psychanalyse, réalisant que le savoir psychiatrique m’était un rempart contre un trou dans le savoir, appelé réel, non rapport, Ⱥ…. Pour autant, pratiquant dans deux lieux différents, hôpital psychiatrique et cabinet d’analyste, l’une a pu éclairer l’autre. En particulier, comme le dit Dominique Laurent[1], « l’œuvre de De Clérambault et de Sérieux et Capgras, nous apprend beaucoup sur ce qu’est l’imposition de l’Autre ». L’écoute des patients psychotiques dits « extraordinaires » avec l’hallucination et le délire, constitue une excellente école pour la pratique analytique.

  À l’hôpital, j’ai constamment voulu pour les patients, le repérage diagnostique fait, poursuivre avec l’équipe, selon une clinique et une pratique déduite de la singularité de la rencontre.

       Je dirai, la psychiatrie, s’en passer, s’en servir.

Aujourd’hui, les symptômes sont souvent considérés comme des troubles à éliminer. L’observable et le quantifiable, prennent le pas sur la dimension subjective. Que faire selon vous pour préserver le trésor clinique ?

      Depuis quelques mois, j’ai quitté mes fonctions institutionnelles à l’hôpital. J’ai souhaité y poursuivre un enseignement théorique et clinique. Je constate que de nombreux infirmiers, souvent en première ligne dans les C.M.P., mais aussi de jeunes psychiatres, aspirent à une autre pratique que celle corsetée par les procédures, l’évaluation ou l’éducation thérapeutique. L’étude du corpus psychiatrique classique, de Kræpelin, Kretschmer, Legrand du Saulle, Bleuler, Gaëtan Gatian de Clérambault, Sérieux et Capgras… éclairée par le Séminaire III « Les psychoses » de Jacques Lacan, est essentielle. Nous faisons de même à l’Antenne clinique de Brest-Quimper. Certes il est bon, comme je l’écrivais plus haut de connaître cet héritage psychiatrique, d’autant que beaucoup d’indicateurs montrent que nous allons vers une disparition de la psychiatrie en tant que spécialité médicale s’occupant des maladies mentales, remplacée par un nouveau paradigme purement neuroscientifique, mais il faut aussi avoir une lecture critique de ce trésor à maints égards taxinomique.

La clinique, disait Lacan,« c’est le réel en tant qu’il est l’impossible à supporter ». Un petit commentaire en lien avec votre fonction d’enseignante et « à l’usage » des praticiens de terrain ?

Allégée du poids des semblants – que j’étais tenue en tant que praticienne hospitalière de respecter -, et des signifiants maîtres aux commandes avec leurs effets de ségrégation, la phrase de Lacan « Tout le monde est fou, c’est-à-dire délirant » a résonné plus clairement. Je tends vers une clinique plus ironique comme défense contre le réel, « impossible à supporter ». Ce qui m’importe, en cette époque de « dé-responsabilisation » des humains au sens du rejet de la causalité langagière, c’est justement de maintenir cette causalité et je trouve que le « Tout dernier enseignement » de Lacan, théorique et clinique, tel que J.A. Miller l’a éclairé ces dernières années est la voie à suivre.

[1] Vidéo du site de l’Antenne clinique de Brest-Quimper. Dominique Laurent : De l’intérêt des œuvres des psychiatres classiques pour un psychanalyste lacanien aujourd’hui.

 

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