L’acte analytique et la responsabilité du sujet : retour sur la conférence de Marie-Hélène Blancard

Par Françoise Biasotto – Marie-Hélène Blancard était l’invitée du cycle des grandes conférences 2017 l’ACF MAP, le 18 novembre à La Garde (lire la présentation ici). Elle a déplié son thème – « L’acte analytique et la responsabilité du sujet » – à la lumière du dernier enseignement de Lacan, en présence d’un public attentif. Pour cela, elle a donné toute sa portée à la clinique, à partir de deux vignettes issues de sa pratique d’analyste et d’un extrait de son témoignage de passe.

Mari-Hélène Blancard a démontré que : « Barrer l’Autre du sens qu’on pourrait croire increvable, le décompléter et le rendre inconsistant, cela suppose de prendre la jouissance à sa charge, pour s’en faire enfin responsable. C’est ce que vise l’acte analytique, et c’est l’enjeu d’une fin d’analyse lacanienne. […] Se séparer de l’Autre qui n’existe pas, permet d’assumer la jouissance que jusqu’alors on ne se privait pas de lui imputer pour le faire exister, en le servant et en l’aimant. […] La jouissance, pour le sujet parlant, est toujours en excès. La clinique de la cure montre comment l’acte analytique peut conduire un sujet égaré à se faire enfin responsable de sa jouissance. »

Dans le premier cas, une jeune femme entreprend une analyse pour se séparer de ses parents et son parcours analytique la conduit à repérer sa position de jouissance pour s’en faire responsable et en tirer des conséquences. Elle construit son fantasme ainsi « une femme est violée par un homme », ce qui lui permet de s’en distancer. Elle repère à la fois sa position phallique et sa trop grande vulnérabilité quand elle est dans une position plus féminine. Elle apprendra alors à se tenir à distance d’une jouissance ravageante et à se respecter en tant que femme – sans renoncer pour autant à sa féminité. Le ravage mère-fille ne cédant pas, il se répète dans ses relations amoureuses. Sa cure lui permet de réduire la jouissance en trop du regard pour qu’il devienne cause de désir, et de se défaire d’une identification à une tache pour devenir désirable dans le regard des hommes.

Dans le deuxième cas, ce jeune homme vient en analyse à cause de son addiction à l’alcool, aux psychotropes ; à cause aussi d’une difficulté à trouver une place dans le monde. L’acte de l’analyste en donnant une place aux signifiants déterminants qu’il a prélevé sur l’Autre, tout en ne le regardant pas avec un regard qui le juge – à la différence de son père – permet à ce sujet de repérer sa position de jouissance. Il choisit de traiter son angoisse par le langage plutôt que par l’alcool dont il découvre qu’il lui servait à supporter le regard destructeur de l’Autre. Il a décroché notamment au niveau scolaire après avoir entendu des paroles destructrices du père : « Tu es un bon à rien, un raté ! »

Il s’est intéressé à la musique et au son dont il a fait son métier mais dans une jouissance illimitée. Il repère la place que la musique occupait dans sa vie : pousse à jouir en cherchant le son parfait. La jouissance en trop contenue dans ces deux objets pulsionnels que sont le regard et la voix, d’être nouée au symbolique est réduite. Le regard de l’Autre est moins dangereux et il peut revenir à la musique sans être pris dans une jouissance illimitée. La nomination de l’analyste : « Vous être un sur-vivant » (…) « fait fonction d’agrafe entre les trois consistances R.S.I., (ainsi) le nœud (borroméen) permet de coincer et d’enserrer l’objet – qu’il soit oral, sonore ou scopique. » Sa recherche de perfection est présente dans son nouveau métier mais de façon beaucoup plus mesurée. Il n’est plus aux prises avec un surmoi féroce. Il entreprend une nouvelle formation professionnelle pour être plus créatif. Il se découvre vivant. Il stoppa sa consommation d’alcool et des psychotropes.

Enfin, M.-H. Blancard est revenue sur son témoignage de passe pour mettre en évidence la façon dont elle-même s’est faite responsable de sa jouissance pour passer d’une identification mortifiante – « la petite fille juive (…) muette comme une tombe » – à une position vivante : « finalement je suis une bouffeuse de vie ». C’est là « une nomination qui a surgi comme jaculation du pur vivant. » La pulsion invocante s’est renversée. « Il m’a été nécessaire de rompre avec les fictions de l’être et la captation du fantasme pour accéder à l’existence et produire la coupure radicale de l’acte. »

À la fin de son enseignement, il s’agissait pour Lacan d’« analyser le parlêtre flanqué de sa jouissance, en tant qu’il se distingue radicalement de l’inconscient freudien qui était, lui, articulé à la vérité. (…) Cela suppose, chemin faisant, de se délester de l’Autre du sens, de rompre avec la vérité menteuse qu’on aimait tant, et de se couper du fantasme pour passer de l’être à l’existence. »



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