« Quelque chose de bizarre, de déstabilisant… »

Interne en troisième année de psychiatrie, Anthony Teston, vingt-quatre ans, a accepté de témoigner de sa rencontre avec la psychose pour le Blog SC. Il nous parle de son expérience auprès des patients, de sa formation de psychiatre en cours.

Le Blog SC : en quoi la psychiatrie vous intéresse-t-elle ?

Anthony Teston : Au départ, la psychiatrie ne relève pas à proprement parler d’un choix mais plutôt de mon classement, qui m’en laissait peu. Plus tard, je me suis souvenu m’être très tôt intéressé à la folie, depuis l’adolescence ; ça me fascinait. En choisissant d’étudier la médecine, je pensais déjà devenir pédopsychiatre. La folie est quelque chose qu’on ne peut pas toucher, qu’on ne maîtrise pas. En psychiatrie, il reste encore beaucoup à découvrir et à construire, en cela c’est une expérience intéressante. C’est fascinant, c’est une énigme.

"Fragile Fingers on a Grand Piano", Marcel Wanders (2013).

« Fragile Fingers on a Grand Piano », Marcel Wanders (2013).

Quel souvenir gardez-vous de votre première rencontre avec la psychose ?

A. T. : Lors de mon premier stage en psychiatrie, j’étais dans un lieu consacré entièrement à la pharmacologie, un lieu expérimental où il n’y avait pas de place pour d’autres approches. Ce n’est pas là que j’ai rencontré la folie. A contrario, mon deuxième stage s’est déroulé dans un service ayant une orientation psychanalytique et mon troisième, au sein d’un centre de crise ; là, ça m’a paru très intéressant. J’aimerais d’ailleurs faire ma thèse sur ce thème de la crise. J’ai également fait un stage en service de psychiatrie adulte, sans orientation franche.

Comment devient-on psychiatre ?

A. T. : Notre formation se fait à travers les stages, l’expérience, l’observation des psychiatres seniors. Je pense qu’une approche basée « seulement » sur la thérapie ou « seulement » sur les médicaments n’est pas adéquate. Ce qui me plaît, c’est qu’il n’y a pas une seule manière de faire, mais de multiples prises en charges. Personne n’a définitivement raison en psychiatrie, il ne faut pas de diktat, c’est un ensemble de choses. Je crois que l’on ne choisit pas la psychiatrie par hasard, il ne faut pas avoir peur d’approcher la folie de près.

Ma rencontre avec la folie, c’est quelque chose de bizarre, de déstabilisant. La première fois que j’ai rencontré la dissociation, c’est indescriptible. Quand un étudiant en médecine me demande de la lui expliquer, je suis même incapable de la lui décrire ; mais au fur et à mesure de mes stages, j’ai appris à la repérer rapidement. Je ne me trompe pas souvent, c’est comme un sixième sens : elle laisse une sensation de discordance, de malaise. Cet état dissociatif propre à la schizophrénie induit parfois une gêne chez le psychiatre mais, avec l’expérience, on apprend à la maîtriser.

En quoi consiste actuellement la formation des internes en psychiatrie à l’université ?

A. T. : Avant l’internat, elle se résume à l’étude de la sémiologie dans les manuels de médecine pour passer le concours de sixième année, mais c’est très succinct et insuffisant. L’apprentissage se fait au contact du patient, c’est la pratique qui nous forme et en interaction avec nos pairs. Au début, je reproduisais simplement les gestes des psychiatres mentors, puis après, on développe ses propres méthodes. La formation passe aussi par les diplômes universitaires et les séminaires…

Au début, en stage, je me suis trouvé sans savoir, puis on maîtrise de mieux en mieux. Mais il y a toujours un moment où l’on se retrouve bête devant un patient qui nous met en difficulté. En fait, je n’ai pas vraiment l’impression ou le souvenir qu’il y ait eu un moment précis de rencontre avec la psychose.

Propos recueillis par Dominique Pasco.



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