SC. Section clinique : le séminaire théorique

Trois scansions rythment le séminaire théorique de la Section clinique. Père, délire, troubles du langage, choix de la psychose, séance avec le psychotique, amour, rapport à l’Autre, nouage, corps : autant de points et concepts clés qui seront dépliés au fil de l’année.

  • Première scansion

23 janvier. #1 — Ouverture. Autour du film : Ce qu’il reste de la folie
Projection d’extraits ; Hervé Castanet s’entretient avec le réalisateur Joris Lachaise : qu’est-ce que filmer la vie d’un hôpital psychiatrique au Sénégal ? Avec le concours de Laurence Martin.
En savoir plus sur le film et cette séance du 23 janvier.

30 janvier. #2 — Père
Hervé Castanet
Introduction au cours théorique de la session 2015 – Du Nom-du-Père au père pluralisé.
1. Le Père est l’un des concepts princeps du premier enseignement de Lacan. Le Nom-du- père, instance symbolique, est structurant chez le névrosé et forclos dans la psychose. Son Séminaire III, Les psychoses (1955-1956), est justement consacré à l’unification du champ multiple des psychoses à partir d’un unique processus psychique : la forclusion (Verwerfung freudienne).
2. Dans le dernier enseignement (années 1970-1980), le Père a perdu son statut d’exception et n’est plus que l’un des nouages possibles entre les différents registres de l’Imaginaire (I), du Symbolique (S) et du Réel (R). Dans son Séminaire XXIII sur James Joyce (1975-1976), Jacques Lacan développe une clinique qui se passe du père « à condition de s’en servir ». Le nœud borroméen qu’il construit dans ses années-là sort la théorie analytique du structuralisme et le concept de parlêtre prend le pas sur celui de sujet.

13 février. #3 — Délire
Nicole Guey
Le délire, lorsque le clinicien le rencontre, inquiète voire angoisse. N’est-il pas la preuve en acte de la déraison radicale de la folie d’autant plus que le sujet qui le déploie y adhère, y engage sa certitude ? Freud, dans son interprétation du texte de Schreber (1911), y lit une tentative de guérison – ou mieux : d’auto-guérison. Le fou, dans son délire, tente de donner un sens, qui n’en passe pas par la raison commune, à ce qu’il rencontre d’un réel sans loi. Le délire est une tentative de mettre de l’ordre, de rendre compte du plus intime d’une expérience subjective énigmatique. Lorsque Schreber consent à déployer son délire, acceptant d’être transformé en femme et de donner naissance à une nouvelle race d’hommes, il reconstruit ex nihilo, de manière très rigoureuse, logique et non dialectique, ce qui, dans son monde, s’était écroulé de par la faillite du Nom-du-Père. À ce titre, le délire est une métaphore nouvelle qui se substitue à la métaphore paternelle œdipienne, elle, disparue. Pourquoi ? Comment ?
Lire le Blog SC #4 Spécial Schreber

13 mars. #4 — Troubles du langage
Françoise Haccoun
Dans la perspective structuraliste de Lacan, au début donc de son enseignement, lorsqu’il se réfère notamment à la linguistique saussurienne, la promotion, la mise en valeur dans la psychose des phénomènes de langage est « le plus fécond des enseignements ». Pour lui, ce n’est que par l’analyse de la structure du langage et du repérage de ses troubles comme marqueurs de la forclusion que peut déboucher un diagnostic de psychose : ruptures de la chaîne signifiante, phrases interrompues laissant le sens en suspens, allusions verbales, jeux d’homonymie, calembours, hybrides du vocabulaire, néologisme comme cancer verbal, engluement de la syntaxe sont autant de formes langagières que Lacan considère avec une rigueur exemplaire pour débusquer, in statu nascendi, la folie. La grammaire et la forme du discours sont préférées au sens afin de cerner ce qui fait trou dans la signification…

  • Deuxième scansion

10 avril. #5 — Choix de la psychose
Sylvie Goumet et Françoise Haccoun

Dès son abord du cas Aimée en 1932 et jusqu’en 1975 avec Joyce, Lacan maintiendra cette thèse : névrose ou psychose relèvent d’un choix subjectif inconscient. Elle objecte à tout déterminisme et pose, au principe même de la psychanalyse, la liberté du sujet et sa responsabilité. Ce choix porte sur la modalité de rapport à l’Autre ; il est relatif à l’opération séparation/aliénation. Le psychotique ne consent pas à céder sur cette part intime qu’est la jouissance en s’aliénant aux signifiants de l’Autre. Son choix relève d’une « insondable décision de l’être », soit d’un consentement intime contre l’option du sens qui est celle de la névrose et contre l’aliénation aux signifiants qui déterminent le sujet.
Les conséquences éthiques et cliniques de cette thèse sont majeures. D’une part, la psychose ne relève ni d’un déficit ni d’un trouble ; d’autre part, le sujet se constitue d’échapper aux déterminations de l’Autre. Il est à ce titre, non sans paradoxe, un sujet libre.

24 avril. #6 — Séance avec le psychotique
Sylvette Perazzi
Dès sa « Question préliminaire à tout traitement possible de la psychose » (1957-1958), Lacan interroge ce qu’il en est de la rencontre avec le psychotique du fait de l’éminence du délire. Si, comme l’affirme Jacques-Alain Miller : « Le seul fait de se mettre en position d’écoute, d’écoute prolongée d’une communication intime et suivie du patient, constitue l’auditeur en grand Autre », il s’agit alors pour le psychanalyste d’éviter un certain nombre d’écueils. La séance avec le psychotique sera plutôt envisagée sur le mode de la conversation où l’analyste n’est pas en position de détenteur d’un savoir. Le transfert ne s’articule plus exclusivement au sujet supposé savoir. Des conséquences découlent de cette rencontre où le réel est aux commandes et l’imaginaire prêt à flamber. Éviter tout effet d’interprétation constitue la préoccupation majeure. Dans cette perspective, à la fin de la séance, le bouclage de la signification sera préféré à la coupure qui ouvre au sens.

22 mai. #7 — Amour
Sylvette Perazzi
Qu’en est-il de l’amour dans les psychoses ? La question interroge non seulement cet amour que Lacan qualifiait d’amour mort (auquel renvoie la passion psychotique), mais aussi la particularité du transfert dans la psychose. Dans les pas de Freud, pour qui l’amour ne part pas de l’Autre mais bien du narcissisme, Lacan étudie le cas Aimée (rédigé en 1932), cette patiente érotomaniaque persuadée d’être aimée et prête au meurtre. En l’absence de l’appareillage fantasmatique, elle se trouve confrontée dans la rencontre amoureuse à une expérience énigmatique.
L’énigme est en rupture avec l’articulation signifiant/signifié. Au-delà du symbolique, cet aspect du vide de la signification prédomine et précipite le sujet dans un rapport au réel qui n’a pas de sens parce que envahi par la jouissance. Dans l’expérience amoureuse, le psychotique est aux prises avec le réel sans médiation. On peut dire, avec Lacan en 1975, « que la psychose est une sorte de faillite en ce qui concerne l’accomplissement de ce qui est appelé “amour” ».

  • Troisième scansion

29 mai. #8 — Rapport à l’Autre
Hervé Castanet

Déterminer le rapport du sujet psychotique à l’Autre est une boussole robuste pour s’orienter puisqu’il oblige de distinguer l’autre et l’Autre. L’autre est l’alter ego tel qu’il se constitue au miroir où le moi trouve sa base et sa fixité. L’Autre, c’est l’inconscient, au-delà de tout autre, qui fait trou dans les formes symétriques et réciproques de l’imaginaire. Lacan insistera d’abord sur cet Autre symbolique qui fait loi et est structuré comme un langage. Le Nom-du-Père étant ce signifiant qui, dans l’Autre du langage, inscrit l’Autre de la Loi.
Lacan, à la fin de son enseignement, insistera sur l’Autre comme trou. Cet Autre troué déconstruit cet Autre de l’Autre qu’était le Nom-du-Père. Ce coup de force de Lacan contre ce qu’il avait pourtant établi fait surgir une clinique où l’Autre se démontre inconsistant. Si cette garantie de l’Autre a vécu, alors se comprend mieux comment il s’agit de se passer du Père. Se passer du Père ouvre à une clinique des usages pragmatiques où aucune solution n’est déjà inscrite dans l’Autre. Se passer du Père ouvre aux modalités d’en user, de s’en servir. Au formatage œdipien s’est substituée une clinique des bricolages contingents avec des bouts de réel. En quoi ce bougé conceptuel ouvre-t-il à une clinique neuve avec les psychotiques ?

12 juin. #9 — Nouage
Nicole Guey

À partir des années 1970 et surtout lors de son Séminaire XXIII, Lacan développe une clinique basée sur le nouage entre les différents registres R, S et I et les nominations qui y sont engagées. Figurées par des cercles, les trois catégories sont nouées par un quatrième selon une modalité particulière, dite borroméenne, dont la spécificité est que lorsque l’un des éléments se défait, les autres ne sont plus liés ensemble et se détachent. Si le Nom-du-père est le « prêt-à-porter » accessible d’emblée aux névrosés (l’Œdipe étant ce quatrième rond qui noue R/S/I en donnant une assise au sujet), les psychotiques, par contre, devront user d’un « bricolage » voire d’une invention pour faire tenir l’ensemble. Écriture, art, sport, etc., sont autant de substituts qui peuvent durer toute une vie (comme dans les psychoses ordinaires) ou se défaire à l’endroit même où ils se sont noués, dévoilant alors comment s’appareillait la jouissance. Les présentations de malades faites dans la Section clinique sont précieuses pour ce repérage des nouages/dénouages/renouages.

26 juin. #10 — Corps
Sylvie Goumet

Lacan avance dans « Joyce le symptôme » que le symptôme est un « évènement de corps ». C’est l’un des enseignements cliniques que nous offre la psychose et qui vaut pour tous les parlêtres. La perception originaire et fragmentaire d’un corps éprouvé par ses bords et parasité par le langage est contrée par l’expérience spéculaire qui donne au sujet l’image illusoire d’une identité unifiée. Cette image s’attrape aux signifiants qui le désigneront dans sa singularité et lui construisent un corps symbolique. Or, le corps ne se réduit ni à son image spéculaire ni au corps symbolique qui font contenance à la jouissance du vivant. Les phénomènes psychotiques qui affectent le corps touchent à ce joint imaginaire/symbolique susceptible de se délier. Ils témoignent des effets du débord de jouissance générés par le dénouage.

Lire la présentation de l’enseignement 2015 de la Section clinique

Repères bibliographiques : cliquer ici.

Les enseignants

  • Hervé Castanet, professeur des universités, coordinateur de la Section clinique d’Aix-Marseille, membre de l’École de la Cause freudienne (ECF) et de l’Association mondiale de psychanalyse (AMP), psychanalyste (Marseille).
  • Françoise Haccoun, DEA de psychanalyse, docteure en psychologie clinique, membre de l’ECF et de l’AMP, psychanalyste (Marseille).
  • Sylvie Goumet, DEA de psychanalyse, membre de l’ECF et de l’AMP, psychanalyste (Marseille).
  • Nicole Guey, DEA de psychanalyse, docteure en psychopathologie clinique, membre de l’ECF et de l’AMP, psychanalyste (Marseille).
  • Sylvette Perazzi, psychiatre, membre de l’ECF et de l’AMP, psychanalyste (Marseille).


Catégories :Psychoses 2015