« Président Schreber II – Le danger »

Après « Le Président Schreber – ‘subjectivement certain' », voici le second chapitre consacré au cas paradigmatique de la psychose par Hervé Castanet dans son livre Ne devient pas fou qui veut – Clinique psychanalytique des psychoses (Lussaud, 2013).

L’impossible
À l’impossible, c’est-à-dire à ce qui garantit en la spécifiant l’altérité de l’Autre par a, la psychose fait objection. De par la forclusion, sans médiation symbolique, dans le réel, entre l’Autre et l’objet a, la coupure ne peut s’inscrire. L’Autre, là où ça jouit, ne peut être troué. L’objet a, réduit à un pur réel en ceci qu’il n’inclut pas le (– φ) de la castration imaginaire, permet de saisir que l’Autre dans la psychose à proprement parler ne se décomplète pas en A barré. À être pur réel, l’objet n’occupe plus sa place entre le sujet et l’Autre. C’est-à-dire, qu’il ne peut plus se déduire, en tant qu’elle ne tombe pas juste, de l’opération de division signifiante[1] : « En A, combien de fois le sujet ? » J.-A. Miller insiste sur ce point : « La psychose est cette structure clinique où l’objet n’est pas perdu, où le sujet l’a à sa disposition ; […] Du même coup […] l’Autre n’est pas séparé de la jouissance[2]. »

D’où cette oscillation dans la position subjective à l’endroit de l’objet a et de A, que la paranoïa, par exemple, pointe avec acuité. Dans cette oscillation, le sujet, d’une part, peut se faire objet de la jouissance de l’Autre, démontrant par là que cette jouissance, précisément, il l’identifie au lieu de l’Autre, et, d’autre part, peut être l’Autre – dans le cas de Schreber, sur le versant signifiant, puisqu’il veut faire exister La Femme au lieu de l’Autre. Être l’Autre féminin absolu. Ces deux points de l’oscillation ici séparés, la clinique les rencontre dans leur conjugaison, leur mélange. Ainsi dans le fantasme inaugural de Schreber : « Qu’il serait beau d’être une femme en train de subir l’accouplement[3]. »

Les moires de Schreber : un double danger
À ce point d’oscillation, dans ce déchaînement du signifiant dans le réel, surgissent un double danger, un double risque où se dévoile, dénudée, cette relation toute spéciale du sujet psychotique au langage envahi par la jouissance, cette relation dans laquelle la référence à quelque objet a agalmatisé fait radicalement défaut. Ce danger touche à la mort et la signification délirante de Schreber le rapporte d’abord à la mort de Dieu, ensuite à la sienne propre. À cette question princeps du Séminaire III qui interroge les effets de la forclusion du Nom-du-Père : Peut-on parler d’un trou ?, le psychotique, par sa réponse, porte témoignage qu’il n’y a rien de plus dangereux que l’approche d’un vide. Cette formulation ne relève pas de la phénoménologie mais du repérage structural de « ce qui se passe pour un sujet quand la question lui vient de là où il n’y a pas de signifiant, quand c’est le trou, le manque qui se fait sentir comme tel[4] ».

Hervé Castanet, « Président Schreber II – Le danger », extrait de Ne devient pas fou qui veut. Clinique psychanalytique des psychoses (Lussaud, coll. L’impensé contemporain, 2013, 2e édition revue et corrigée).
Lire la suite : Président Schreber – Le danger
Avec l’aimable autorisation de l’auteur.

En savoir plus sur le livre.

[1] Lacan, Jacques, Séminaire X, L’angoisse, (1962-1963), Le Seuil, 2004, p. 37 : « Il y a, au sens de la division, un reste, un résidu. Ce reste, cet Autre dernier, cet irrationnel, cette preuve et seule garantie, en fin de compte, de l’altérité de l’Autre, c’est le a. »

[2] Miller, Jacques-Alain, « Clinique ironique », La Cause freudienne, n° 23, L’énigme et la psychose, Navarin-Le Seuil, 1993, p. 11.

[3] Schreber D. P., Mémoires d’un névropathe, Le Seuil, 1975, p. 46.

[4] Lacan, Jacques, Séminaire III, Les psychoses, Le Seuil, 1981, p. 228.

Lire la présentation du chapitre « Le Président Schreber I – ‘subjectivement certain' ».

 



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