« Créer une envie collective de travailler ensemble »

Michel Perrot est directeur du Centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne. Pour le Blog SC, il s’exprime sur la question de la souffrance psychique.

Le Blog SC : Pouvez-vous nous rappeler vos fonctions, d’où observez-vous la souffrance psychique ?

patients-visiteursMichel Perrot : Je suis directeur d’un centre hospitalier qui emploie trois mille cinq cents personnes, dont une part appartient au corps médical ; avec les patients, cela fait beaucoup. Cet hôpital a la particularité d’avoir une composante de psychiatrie. Cela présente un intérêt et pour la psychiatrie et pour l’hôpital général. Je travaille d’ailleurs avec un président de Commission médicale d’établissement (CME) qui est pédopsychiatre.

La psychiatrie est parfois marginalisée, en effet.

M. P. : Dans cet hôpital, elle a tout à fait sa place. Les psychiatres s’y trouvent bien ; il y a une mixité intéressante pour eux professionnellement et les autres spécialités disposent de compétences en psychiatrie ; les services sont tirés vers le haut.

Les questions de souffrance psychique remontent-elles jusqu’à vous ?

M. P. : J’ai deux « casquettes ». Un rôle de protection des patients et du personnel. En parlant de souffrance psychique, de quel public parlez-vous ?

Plutôt des personnels, si vous êtes d’accord.

M. P. : Oui, laissons les patients aux mains des psychiatres. Dans la gestion des personnels, la prise en compte des personnalités, de leur histoire et de la façon dont ils participent aux décisions, compte beaucoup. C’est une part très importante de mes fonctions. Je consacre du temps au relationnel : recevoir, expliquer, écouter… Mes décisions mûrissent en écoutant les gens et en prenant en compte la dimension que vous évoquez. Je suis aidé par le président de la CME. Cela enrichit la perception des personnalités avec lesquelles je dois travailler, notamment celles qui peuvent poser des difficultés et méritent un éclairage différent, celles avec qui il faut éviter l’application d’une « autorité aveugle ».

Une autorité attentive. Qu’évoque le terme de souffrance psychique pour vous ?

M. P. : J’ai peut-être une perception de vieux directeur. Il me semble qu’il y a une plus grande fragilité des personnes aujourd’hui, que l’on supporte moins les contrariétés, les difficultés. Mais je note aussi que la vie en société est plus difficile. Quand on analyse les difficultés au travail, on discerne souvent un arrière-fond personnel. Je ne nie par la production de souffrance par le milieu du travail, mais cela forme un tout qui nous est renvoyé et que nous devons traiter. C’est pourquoi, depuis le mois de janvier, j’ai mis à disposition du personnel une psychologue clinicienne pour offrir une aide aux personnes en difficulté, pour qu’elles aient une réponse sur place.

Est-ce à votre initiative ?

M. P. : Oui, je sentais ce besoin. Aussi, s’agissant de la prise en charge des souffrances, ai-je donné ma préférence à une psychologue clinicienne.

Distinguez-vous la souffrance au travail de la souffrance personnelle ou y a-t-il continuité ?

M. P. : C’est un tout. Le monde du travail peut présenter une certaine dureté, des exigences pénibles, la hiérarchie peut parfois être maladroite. Tout cela nourrit des griefs qui s’ajoutent au reste. Si c’est difficile au dehors et difficile « au dedans » cela produit un mal-être. On peut alors en rendre responsable le milieu du travail parce que je crois que cela est plus facile que de s’interroger sur les autres causes.

S’il y a une attribution de la cause au milieu du travail, peut-on dire que celui-ci a une certaine opérativité sur les questions qu’on lui dépose ?

M. P. : Dans une vie, le travail est important ; on peut trouver à s’y réaliser. Le problème est de faire en sorte que les gens soient heureux au travail, qu’ils aient envie de travailler dans un milieu intéressant. Pour cela il faut partager un projet. Créer une envie collective de travailler ensemble, c’est cela notre « boulot ». Ce n’est pas simple dans le contexte actuel de l’hôpital.

L’envie comme élément de prévention à la souffrance. Pensez-vous à un exemple de souffrance au travail ?

M. P. : Oui, mais je ne peux pas l’évoquer par discrétion

Voulez-vous ajouter un élément ? Vous semblez sensible à ces questions 

M. P. : Oui, il y a un sujet qui prend de l’importance et que je n’ai pas mentionné : nous avons à lutter contre l’absentéisme. La personne qui se retire du jeu se met facilement en arrêt de travail aujourd’hui, ce qui fait dysfonctionner l’ensemble de la collectivité. Le projet collectif peut être une réponse car il suppose de la solidarité dans les équipes. Le taux d’absentéisme est important dans le monde hospitalier. Des actions sont nécessaires devant ce constat un peu triste car nous gérons les conséquences. Mais nous ne trouvons pas toujours les clés pour faire en sorte que les gens préfèrent le travail, le collectif plutôt que le retrait chez soi après une consultation-minute. Le retrait est un signal.

Propos recueillis par Patrick Roux.

 

 



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