SC 2023. – Après coup – «Le paradoxe du surmoi» par Ambre Le Doujet

En écho à l’intervention d’ Adriana Campos lors de la seconde Matinée clinique de la Section clinique d’Aix-Marseille à l’occasion de la parution de son livre Ce que commande le surmoi: impératifs et sacrifices au XXIe siècle, Ambre Le Doujet, participante à la SC, nous propose un court  texte intitulé  « Le paradoxe du Surmoi ». 

« Le paradoxe du surmoi », par Ambre Le Doujet

Dans le cadre de la section clinique d’Aix-Marseille dont le thème de cette année 2023 est “Je pense donc je souis”, Anne Colombel-Plouzennec et Adriana Campos ont présenté, lors de la Matinée de la section clinique, leur thèse parue en livre sous le titre respectif Lacan et les Nœuds et Ce que commande le surmoi : impératifs et sacrifices au XXIe siècle.Impératifs et sacrifices au XXIe siècle : dans ce sous-titre, Adriana Campos nous dit d’emblée ce dont chacun d’entre nous est la proie. Une voix qui nous contraint, non sans conséquences pour soi ; faute et culpabilité, si nous n’y répondons pas. Le surmoi rôde ainsi dans la maison de chacun. Une “force féroce”, mortifère, qui pousse, qui ordonne et à laquelle on se soumet. En cela, nous ne sommes plus maîtres dans notre propre maison. Mais qui peut réellement satisfaire à cet universel ? Personne ! Le surmoi véhicule un « jouis », formule de l’impératif surmoïque, comme le formule Lacan dans le séminaire XVIII, avec son paradoxe, en tant qu’il est un ordre impossible à satisfaire. Cette jouissance étant impossible pour tous sujets soumis à la castration, c’est-à-dire soumis au signifiant, ”l’être humain ne peut connaître que des formes symptomatiques, boiteuses, inachevées, imparfaites de la jouissance”, ainsi que le précise Adriana Campos. De ce défaut de jouissance, découle la dimension de faute et de culpabilité. Ce maître prend différentes formes. En témoigne le thème de la FIPA de cette année[1] et la question du surmoi et du religieux amenée par Adriana Campos. En effet, en psychanalyse, améliorer la position du sujet ne vise pas son “bien-être”. Bien-être que la société prône pour tous et qui fait d’elle un maître exigeant. Les religions prennent ici leur place, donnant également forme à l’absurdité de ce tu dois. Elles se présentent par là-même comme traitement du surmoi car elles sont le lieu où chacun peut absoudre ses fautes, ses péchés, “dans la mesure où elles donnent un sens et une manière de s’y prendre avec l’expérience à la fois intime et universelle de la faute”[2].  Mais comme personne ne sera jamais digne de l’amour divin, la faute reste entière. Par là-même, le fait d’être athée, ne donne pas plus de moyens de soulager chacun de la dimension de la faute, de la culpabilité, ni de l’impératif Jouis ! S’en désabonner n’est pas possible mais en être allégé oui ! Par quoi passerait alors le traitement du surmoi et de ses maîtres qui allègerait ses effets mortifères ? Qu’est-ce qui ferait limite ? C’est à chaque Un de trouver sa solution singulière et non normative. En cela, la psychanalyse appliquée à la thérapeutique en tant qu’elle est “le droit d’une déviance appliquée à aucune norme”[3] donne chance au sujet de se faire responsable de sa jouissance et, de ce fait, en s’en dégageant à minima, de mieux s’orienter de son désir.

[1] Comment améliorer la position du sujet ? Effets thérapeutiques, Effets analytiques

[2] Adriana Campos, Matinée de la section clinique d’Aix-Marseille, 6 mai 2023

[3] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Choses de finesse en psychanalyse », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 19 novembre 2008, inédit

 

 

 



Catégories :Le Blog SC, Session 2023

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