La session 2023 de la Section clinique d’Aix-Marseille vient de se terminer. Elle avait pour thème « Je pense donc je souis« . Lors de la seconde Matinée clinique Adriana Campos et Anne Colombel-Plouzennec sont intervenues à l’occasion de la parution de leur livre issu de leur thèse Ce que commande le surmoi: impératifs et sacrifices au XXIe siècle, et Lacan et les nœuds – corps vivant, corps jouissant, corps parlant. Dans l’après-coup de cette session 2023 et en écho à ces deux interventions, Élisabeth Pontier, enseignante à la SC, nous livre un court texte intitulé « Un réveil par la gai savoir ».
« Un réveil par le gai savoir », par Élisabeth Pontier
« Il en va de la psychanalyse comme de l’art du bon cuisinier qui sait bien découper l’animal, détacher l’articulation avec la moindre résistance. […] Il faut bien s’apercevoir que ce n’est pas avec le couteau que nous disséquons, mais avec des concepts. […] Comme le bon cuisinier, nous avons à savoir quels joints, quelles résistances, nous rencontrons. »[1]
La Section Clinique d’Aix-Marseille est un dispositif de formation qui s’adresse aux cliniciens qui souhaitent s’orienter de l’enseignement de Jacques Lacan, sans cesser d’être freudiens, et éclairés par le cours de l’orientation lacanienne de Jacques-Alain Miller.
L’équipe enseignante et Hervé Castanet à sa tête, n’ont de cesse de chercher comment introduire du nouveau dans ce dispositif, afin de ne pas réduire ce trésor conceptuel à des ritournelles. Pour le garder vivant, il est en effet nécessaire de faire ouverture, de toujours relire, interroger cet enseignement afin qu’il ne reste pas lettre morte. Cela demande de mouiller sa chemise, d’apporter sa mise, fut-elle modeste. Les enseignants sont tenus à cet effort encore d’avantage que les participants, car ce que Lacan nous a transmis n’est ni simple, ni facile. Mais c’est ainsi qu’il l’a voulu, sans doute pour être à la hauteur de l’enjeu éthique qui consiste à accueillir la parole d’un qui souffre pour que celle-ci prête à conséquence.
C’est dans cette veine que la matinée du 6 mai a proposé une séance de travail inédite en visio avec deux collègues psychanalystes qui viennent de faire publier chacune leur thèse : Anne Colombel-Plouzennec, Lacan et les nœuds – corps vivant, corps jouissant, corps parlant[2] et Adriana Campos, Ce que commande le surmoi – impératifs et sacrifices au XXIe siècle[3].
A l’heure du « combat concept contre concept »[4], contre l’obscurantisme de la thèse neuro qui « aseptise le monde »[5], la Section clinique, lors de cette matinée, a opposé le gai savoir cher à Lacan.
Je reviendrai sur deux points qui ont retenu mon intérêt, voire créé la surprise : du nouveau oui, du nouveau. A la section clinique, participants ou enseignants : il y a toujours quelque chose à apprendre.
L’intervention d’Adriana Campos nous a rappelé que la psychanalyse nous donne aussi des clés pour lire notre époque. Cela est d’autant plus important que les symptômes évoluent avec leur temps. Adriana nous a livré ce que Lacan avait pu dire de son propre rapport au surmoi, à la pointe ultime de son enseignement, impliquant son corps et la morsure de la fatigue sur celui-ci. Car la psychanalyse ne promet pas de lendemains qui chantent : le surmoi ne s’éradique pas. Il s’agit plutôt de trouver comment en alléger les effets mortifères et quel usage chacun peut en faire.
Comme Hervé Castanet l’a rappelé, l’apport des nœuds ne doit pas être appréhendé comme « ce qui dirait le vrai sur le vrai » : le nœud n’est pas un modèle. Il est plutôt congruent avec notre expérience : celle du réel de la clinque qui sans cesse échappe. Avec l’intervention d’Anne Colombel-Plouzennec ce fut une autre surprise : sa rigueur de considérer le nœud borroméen et… les autres, nous sortant ainsi de notre pente classificatoire. Elle a de ce fait éclairci ce qui dans notre orientation est continuiste : chaque parlêtre ayant à trouver comment faire tenir son nœud. Mais Anne a fait valoir un Lacan des nœuds, résolument discontinuiste, c’est-à-dire objectant au passage du non borroméen au borroméen.
Pour conclure, il nous semble que chacun, lors de cette matinée, a trouvé dans le vivant de la conversation, de quoi renouveler encore son rapport à la mine que constitue l’enseignement de Lacan. Pari tenu !
[1] Jacques Lacan, Le Séminaire, livre I, Les écrits techniques de Freud (1953-1954), édition établie par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 8-9.
[2] Aux PUV, Université Paris 8, 2023.
[3] Aux PUR, Clinique psychanalytique et psychopathologie, 2022.
[4] Hervé Castanet, Neurologie versus psychanalyse, Navarin éditeur, 2022.
[5] Hervé Castanet, inédit.

Catégories :Le Blog SC, Session 2023
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