SC. Propé 2021 – « La psychanalyse, réponse à ce quelque chose que je n’arrivais pas à nommer » par Jérôme Belijar

Dans la perspective de la Propédeutique 2021 de la Section clinique d’Aix-Marseille qui a pour thème « formes contemporaines de la désocialisation, quelles orientations cliniques? », Jérôme Belijar, participant à la Propédeutique de la Section clinique d’Aix-Marseille, éducateur spécialisé, témoigne du désir et de la nécessité de formation orientée par la psychanalyse par un texte intitulé « La psychanalyse, réponse à ce quelque chose que je n’arrivais pas à nommer. »

Ma rencontre avec la psychanalyse et la Propédeutique s’est articulée à partir d’une rencontre dont je souhaite porter témoignage et qui a déterminé un cheminement tant professionnel que personnel. Souvent, dans le milieu éducatif, le sujet est réduit à sa problématique, qui a suscité son entrée dans l’institution – ce qui fait défaut, ce qui manque, ce qui gêne, ce qui empêche… Sans réussir à l’expliquer, cela ne me convenait pas. J’avais l’intuition d’un enjeu autre, je pensais que l’« usager » était davantage que ça, qu’il devait y avoir une chance qu’il « se produise comme sujet[1] ». Cela venait questionner mon désir, mes doutes, ma pratique. Durant ma formation, je recherchais un savoir-faire, une sorte de mode d’emploi légitimant ma fonction. Puis lors d’un stage, je fis la rencontre avec le travail d’une association de recours offrant un lieu, un accueil à des enfants en souffrance psychique. Ses valeurs et son travail correspondaient à ce quelque chose que je n’arrivais pas à nommer et permettaient de trouver ma place en tant que professionnel. Ici, l’orientation se veut clinique et analytique. Nous entendions parler de Freud, de Lacan, de jouissance, de désir, de transfert. J’expérimentais qu’il fallait pour accompagner ces enfants me faire partenaire, me dégager d’une position de savoir. Paradoxalement, je voulais savoir comment ne pas savoir. Un travail commençait.

Jeune professionnel, j’avais soif de découvertes – tout était nouveau. Ce qui était essentiel pour moi, c’était de m’en imprégner. Toutefois, les concepts m’échappaient. Le désir de me former apparut alors comme nécessaire. Je ne trouvais dans les divers catalogues consultés aucune formation propre à satisfaire mes questionnements. Puis j’entendis parler de la Propédeutique, rencontre pour le moins importante et exigeante. J’y trouvais un lieu où m’enseigner à partir des textes de Freud, de Lacan, de Miller – un lieu de parole, d’échanges, d’élaborations. Depuis trois ans maintenant, j’y prends part. Les thèmes abordés ont toujours trouvé écho dans mon accompagnement auprès des enfants, constituant une véritable plus sur le terrain… Cela n’a pas été sans effets sur ma pratique professionnelle : elle en fut renouvelée, enrichie. L’enseignement dispensé me permit d’interroger le rapport à l’objet, de cerner l’importance du regard ou de la voix, d’accueillir la demande, d’acquérir le sens du détail. Je touchais là cette position de non-savoir. Cela exige une réelle éthique de travail. C’est à ce prix que fut possible un certain dessillement de mon regard, un pas de plus dans la réflexion.

Cet enseignement fait office d’une boussole qui oriente, qui permet de se dégager du bon sens. Cela n’est pas la norme aujourd’hui – c’est plutôt à rebrousse-poil, comme pensée ! Nous sommes confrontés dans notre société et dans le monde du médico-social à une montée en puissance des expertises, des protocoles, des « bonnes » recommandations. Nous faisons face à cette toute-puissance éducative, sociale, sociétale, qui commanderait le bien pour l’Autre sans venir interroger la question du sujet désirant. Il me semble que participer à la Propédeutique est une forme de résistance. Face à ce mouvement de standardisation généralisé par lequel il s’agirait de réduire le réel, de le calibrer, de le ramener à du quantifiable, du répétable, de l’identique, Lacan nous enseigne plutôt à élever la trouvaille ou le bricolage au rang de l’invention, à reconnaître ces enfants pour ce qu’ils sont et non à partir de ce qui leur manque… Notre pari est plutôt de suivre Lacan : « mais enfin, il y a sûrement quelque chose à leur dire[2] », ce qui nous implique en tant que sujet. Cela interroge aussi le lien social, le désir et tant d’autres…

Il y a fort à miser que tous ces questionnements, ces éclairages seront au programme de la session 2021, autour du thème de la désocialisation. Un enseignement qui s’annonce brûlant d’actualité aussi bien dans notre société que dans nos institutions.

[1] Miller J.-A., « Produire le sujet », Actes de l’ECF, Montpellier 1983.

[2] Lacan J., « Conférence à Genève sur le symptôme », texte établi par J.-A. Miller, La Cause du désir, n° 95, Virilités, avril 2017.

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