SC. 2021 – « L’urgence en institution : temporalité sociale, temporalité subjective  » par Véronique Villiers

Dans la perspective de la Section clinique 2021 d’Aix-Marseille qui a pour thème « Clinique de l’urgence », Véronique Villiers, participante à la Section clinique d’Aix-Marseille, psychologue clinicienne à Aix-en-Provence, témoigne du désir et de la nécessité de formation orientée par la psychanalyse par un texte intitulé « L’urgence en institution : temporalité sociale, temporalité subjective  » 

Les Maisons d’Enfants à Caractère Social[1] n’ont pas vocation à accueillir dans l’urgence. Pourtant, il est de plus en plus fréquent pour ces établissements de répondre dans l’urgence, à une demande pressante de l’ASE[2].

Comment faire alors avec l’urgence du placement d’un enfant lorsque celui-ci ne le comprend pas, s’y oppose même ? Comment lui permettre d’affronter le réel d’une séparation traumatique d’avec son milieu familial lorsqu’il est « placé » dans un « foyer » par l’Autre social ?

Si des règles sociales relatives à l’accueil valent pour toutes les institutions recevant des enfants « placés sous OPP[3] », la façon d’accueillir relève du style propre à l’établissement. En effet, tout accueil dans une institution, respecte une certaine « procédure », un certain déroulement. Toutefois, celui-ci aura à tenir compte de la temporalité subjective de celui ou celle qui fait « l’objet » d’un placement. Il s’agit donc pour chaque intervenant de la structure d’accueil de parier sur la rencontre. Autrement dit, la procédure n’empêche pas un accueil particularisé. Dès la rencontre, peut se saisir quelque chose de la singularité du sujet qui témoigne de son parcours et de ce qu’il comprend, accepte ou refuse de son placement. Dé-logé de son milieu familial, dé-placé, l’enfant peut trouver asile dans l’accueil par l’Autre, de sa parole.

Le temps du désir

Il est important de considérer que la partie ne commence vraiment qu’au moment où l’enfant se saisit du dispositif, et consent à s’impliquer, à y mettre son désir. De ne rien précipiter, c’est accepter d’être attentif aux particularités subjectives du nouage du corps et de la langue.

La manière dont l’institution accueille la souffrance psychique, a parfois des effets inquiétants avec une inflation des symptômes. Cela ne signifie pas pour autant que l’enfant ou l’adolescent vont mal, mais qu’ils s’autorisent à exprimer certaines choses. L’institution devra donc se dépendre de l’urgence d’un « vouloir savoir », d’un « trop de vouloir » pour l’autre au profit d’une « neutralité bienveillante », véritable pari sur la rencontre. Cet espace de liberté en contrepoint d’une normalisation où l’inconscient serait forclos, ouvre sur une dimension subjective et permet à l’enfant de retrouver une certaine confiance en l’Autre.  Ne pas se précipiter dans l’éradication d’un « trouble » fonde une clinique de la singularité. « Mon symptôme, c’est ce qui fait partie de mon être » disait une adolescente. L’oblitérer serait nier l’être même du sujet, en rajouter sur sa souffrance. Tenir compte du sujet, engage à appréhender autrement l’urgence de l’Autre social. Ainsi, liberté lui est donnée de bricoler, d’inventer sa réponse face au réel inévitable.

L’urgence d’un dire

Pour Lacan, l’urgence est nouée à la parole[4]. L’urgence subjective est ce que Lacan qualifie d’une demande, lorsqu’elle précipite un sujet à se faire entendre, à s’adresser à un Autre[5]. L’urgence éprouvée fait signe d’une rencontre traumatique avec un réel qui, parfois, brise tout élan vital. Si l’angoisse efface l’appel à l’Autre, paralyse, l’urgence quant à elle, maintient la demande à l’Autre[6].

Si le tempo social vise à effacer le temps logique propre à chacun, l’urgence lacanienne se situe plutôt comme la précipitation d’un dire débouchant sur une parole civilisatrice. Même si l’urgence a partie liée avec un réel, son nouage au symbolique et à l’imaginaire, ouvre à l’invention à condition de savoir « l’attraper » de la bonne façon… du côté de l’acte. 

[1] Les Maisons d’Enfants à Caractère Social (MECS) sont des établissements sociaux ou médico-sociaux, spécialisés dans l’accueil temporaire de mineurs en difficulté. Elles relèvent de la compétence du Conseil Départemental, qui donne l’habilitation pour recevoir des enfants relevant de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE).

[2] Aide Sociale à l’Enfance

[3] OPP : Ordonnance de Placement Provisoire : décision, prise par le juge des enfants, de placer un mineur en danger dans un centre d’accueil. Il s’agit d’une mesure de protection, d’assistance, d’accompagnement éducatif.

[4] « Rien de créé qui n’apparaisse dans l’urgence, rien dans l’urgence qui n’engendre son dépassement dans la parole », J. Lacan, « Fonction et champ de la parole et du langage », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 241.

[5] H. Bonnaud, Le corps pris au mot – ce qu’il dit, ce qu’il veut, Paris, Navarin, 2015, p. 83.

[6] Ibid.

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