SC. Colloque 2019. « Jouissance et traitement du réel: la clinique » par Dominique Laurent

En préparation du Colloque Psychiatrie-Psychanalyse des 26-27 septembre, Dominique Laurent, psychanalyste à Paris, membre de l’ECF et de l’AMP, répond à l’invitation de Dominique Pasco, psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP, enseignante à la Section clinique d’Aix-Marseille, de contribuer au thème du colloque.

Jouissance et traitement du réel : la clinique

Nous pouvons dater la naissance de la civilisation de la science, ainsi nommée par Lacan au XVIIe siècle avec Galilée. Nous sommes passés d’une civilisation de la croyance en Dieu à la croyance en la science. Depuis, à mesure des avancées de la science, les régimes de la croyance sont liés à la place de la cause dans les sciences. La cause et Dieu sont liés. La célèbre phrase d’Einstein « Dieu ne joue pas aux dés » l’a mis en valeur. La physique quantique, en effet, a introduit un trouble dans la causalité mécanique, en la substituant par une causalité propre. Cette perspective laisse pour autant sur une énigme. Comme le notait le physicien Richard Feynman qui a reformulé la mécanique quantique par ses diagrammes « personne ne peut dire qu’il comprend la mécanique quantique ». Cependant le rêve d’une causalité simple demeure. Il a pu donner le jour à cette variante particulière qu’est le scientisme au XXIe siècle dont la perspective est celle d’une causalité linéaire dans tous les domaines contrairement à la causalité complexe que présentent les sciences dans leur diversité.

 Lors de la bascule de la psychiatrie entre le dernier quart du XXe siècle et le début du XXIe siècle dans un rêve scientiste, la psychiatrie a tenté de maintenir l’idée d’une causalité linéaire. De là ont surgi les enthousiasmes d’une causalité simple, celle des neurotransmetteurs, celle de la génétique, celle de l’environnement etc. L’ensemble de ces perspectives s’est révélé vain et c’est ce qui marque l’échec du DSM V. Celui-ci avait tenté d’introduire dans une description logico-positiviste des maladies mentales l’ensemble des découvertes scientifiques. Dans les faits, cette alliance de la carpe et du lapin, celle de l’arbre d’observation positiviste et du rhizome scientifique dans ses causalités multiples a abouti à un échec. Impossible de concilier les deux. Nous sommes dans l’entre deux. Période féconde qui anime le champ psy dans son ensemble et dans laquelle la psychanalyse a son rôle à jouer en aidant la psychiatrie à se défaire de ses utopies.

La psychanalyse selon Lacan, a opéré une double rupture. Elle a rompu avec la causalité philosophique et avec la causalité biologique. C’est une rupture avec l’Être que contemple la philosophie et qui dominerait tout en s’excluant de tous les étants observables. C’est aussi une rupture avec la causalité déterminante, stricte, linéaire de la biologie. La causalité psychanalytique déroute, interroge, bouleverse toutes les classifications possibles. Lacan a tenté le pari de la singularité et d’un montage de ce qu’il a appelé à l’horizon de son enseignement, le montage RSI. C’est à partir de là, d’une sorte de classification impossible, d’une interrogation de toutes les classifications existantes que nous nous orientons maintenant dans la clinique. Pourtant nous ne renonçons ni aux types cliniques, ni au dialogue avec la nouvelle clinique psychiatrique, celle d’après l’échec du DSM V, ni avec celle des classifications sociologiques ou psychologiques qui entrent toutes en conflit.

Avec la psychanalyse nous nous en tenons au traitement du réel de la jouissance dans le dire de nos patients et au montage singulier qu’ils peuvent mettre en place. Ce colloque montrera certainement comment articuler le particulier des cas à ce chamboulement de la clinique par le Un du chiffre dont les conséquences sont encore incalculables.

  Le programme et la liste des intervenants

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Catégories :Colloque Psychiatrie-Psychanalyse

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