SC. Colloque 2019 – Interview – Isabelle Carbonel

En préparation du Colloque Psychiatrie- Psychanalyse des 26-27 septembre, Isabelle Carbonel, pédopsychiatre, praticien hospitalier, chef de Pôle de psychiatrie infanto-juvénile au Centre Hospitalier Intercommunal Toulon / La Seyne répond aux questions de Françoise Biasotto, participante à la section clinique d’Aix-Marseille.

 Merci Isabelle Carbonel, d’avoir accepté de contribuer à l’Hebdo du colloque.

A quoi êtes-vous attachée dans votre pratique quotidienne et qu’est-ce qui est important pour vous ? Qu’est ce que vous tenez à soutenir dans votre pratique avec les enfants ?

En tant que praticien hospitalier, je suis attachée aux valeurs du service public, notamment une certaine éthique du soin, en questionnant sans cesse l’organisation des soins au service de notre public. Je souhaite également soutenir les valeurs institutionnelles pour mieux travailler ensemble en équipe pluridisciplinaire. L’élaboration théorico-clinique mise en commun, nos regards croisés font la richesse du travail en équipe. La clinique du sujet, qu’il soit enfant ou adolescent, nous guide, nous réunit, et malgré les divergences théoriques ou subjectives,  reste une force vive. Ce qui m’importe, c’est une vitalité clinique et institutionnelle pour qu’à partir de la clinique, une prise en charge créative de l’enfant, de l’adolescent, ainsi que de sa famille puisse se penser en équipe et se questionner sans cesse.

A quelle(s) difficulté(s) êtes vous confronté(e) aujourd’hui dans votre pratique avec les enfants et/ou les adolescents ?

La pathologie psychiatrique renseigne sur l’ « état de santé »  de nos sociétés contemporaines. L’expression des symptômes en psychiatrie et en pédopsychiatrie est intriquée aux problèmes sociétaux. C’est pourquoi nous rencontrons de plus en plus d’enfants et d’adolescents pris dans les pathologies de notre siècle :

  • les nouvelles addictions
  • les différentes phobies, scolaires, sociales
  • les dysphories de genre
  • les troubles attentionnels s’associant aux troubles des apprentissages.

Nous rencontrons également l’expression de différents symptômes ou de passages à l’acte derrière lesquels une violence agie, peu métabolisée, se niche, en lien à un contexte familial et sociétal souvent peu structurés voire peu contenants. C. Melman dans « L’homme sans gravité[1] » souligne les mutations à la fois de la subjectivité et de l’existence collective. Pour lui, le moteur de la nouvelle économie psychique n’est plus le désir mais la jouissance. Travaillant également avec des enfants de moins de 3 ans, je ne peux que constater une augmentation de la prévalence des troubles neuro-développementaux liés entre autres aux effets de l’épigénèse dans nos sociétés actuelles. Dans ma pratique de praticien hospitalier, je suis donc confrontée à ces nouvelles pathologies, dont la recrudescence ne fait que s’accélérer. Les demandes dans les services de pédopsychiatrie se sont considérablement accrues, et donc pour y répondre, notre préoccupation majeure est de garder nos moyens afin de mener nos missions de service publique à bien.

En quoi ce colloque sur le nouage psychiatrie-psychanalyse vous semble d’actualité ?

Avant de penser nouage entre psychiatrie et psychanalyse, il faut me semble-t-il évoquer le nouage qui est au fond de soi. Personnellement grâce à la littérature, la philosophie et la découverte des ouvrages de Freud, la psychanalyse m’a conduite à la psychiatrie, spécialité médicale que j’ai choisie en fin d’années d’études de médecine. N’est-ce pas antinomique de vouloir parler d’un nouage entre psychiatrie et psychanalyse ? En deux mots : la psychanalyse, désirons-le, a l’ambition de libérer le sujet de ses nombreuses chaînes. La psychiatrie a de tout temps voulu protéger la société de ses fous en les «  enfermant » soit dans les asiles du XIXe siècle, soit par la camisole chimique. La psychanalyse me semble-t-il désaliène,  la psychiatrie depuis Pinel  aliène. Cette  question continue à faire débat. Ce qui est d’actualité, pour moi, c’est qu’à ce nouage entre psychiatrie et psychanalyse, d’autres nouages s’articulent. Je pense à l’intérêt d’une pratique holistique en milieu hospitalier permettant d’intégrer différents courants de pensée : l’apport des neurosciences, notamment dans le champ des troubles neuro-développementaux de l’enfant ne peut au XXIe siècle être ignoré. Dans cette mosaïque théorico-clinique, les thérapies intégratives ont tout leur sens selon un modèle poly factoriel intégrant le neurobiologique, le génétique, le relationnel, le culturel etc. Ainsi un nouage ou un dialogue entre psychiatres, psychanalystes et neuroscientifiques qui a déjà bien commencé, rend les avancées fécondes  et permet enfin dans cette vision optimiste de sortir des vieux clivages et des vieilles batailles. Il est urgent pour nos patients de faire converger nos savoirs, et d’aider le sujet /patient à trouver par sa narrativité singulière sa place  dans la société.

[1] Melman C., L’homme sans gravité, Folio essais, Paris, 2005.

Le programme et la liste des intervenants

Je m’inscris au colloque



Catégories :Colloque Psychiatrie-Psychanalyse