Éric Vivier : « La recherche fondamentale est… fondamentale »

A la suite de la mobilisation des forums anti-haine à Marseille tenus à l’initiative de l’ECF et du Forum des psys, Sylvain Garciaz s’est entretenu avec Éric Vivier, professeur d’immunologie à la Faculté d’Aix-Marseille ; il nous livre les éléments de cet échange.

« Il est impossible de ne pas obéir au commandement qui est là, à la place de ce qui est la vérité de la science – Continue. Marche. Continue à toujours plus savoir. » Lacan.

Robert Delaunay, « Formes circulaires ». Soleil n° 2, 1912-1913.

Le but de la recherche fondamentale est de défricher des pans de la connaissance afin de repousser les limites de l’ignorance. Son moteur est la curiosité de l’homme, le désir de savoir. Aussi, elle se doit d’être tout azimut, et de respecter sa logique propre, qui est de continuer d’avancer, parfois sans obtenir le succès, qui pourra être rencontré par hasard. L’histoire des sciences en témoigne : Flemming découvre que les bactéries qu’il étudie sont contaminées par des moisissures ensemencées par accidents, qui inhibent leur croissance. Son génie est de ne pas jeter les boites de culture mais d’y porter son attention. Il constate alors qu’elles secrètent des substances antibiotiques, découverte qui changera le devenir de l’humanité. La découverte contemporaine de l’immunothérapie anticancéreuse, qui révolutionne la prise en charge des cancers prend sa source dans les avancées de la recherche fondamentales sur les mécanismes de régulation du système immunitaire, résultats utilisés dans un second temps à des fins thérapeutiques.

Nombreuses sont les dérives actuelles de la recherche qui vont valoriser des applications décidées a priori pour leur intérêt mercantile. Pourtant, il est moins risqué d’alimenter de manière ouverte, sans être guidé par les applications possibles, des recherches multiples dans tous les secteurs que de guider la recherche par ses applications car cela est voué à l’échec. Les données sont têtues. Elles résistent souvent à la théorie et dans le cas fréquent où observations et théorie ne s’accordent pas, alors c’est que la théorie est à jeter ! N’est-il pas important de pouvoir dire « ici où je suis allé, il n’y a rien, cela n’est pas la peine d’y retourner » ? Les fausses routes s’avèrent souvent tout aussi importantes que les succès.

Pour parvenir à ces fins, un élément fondamental est l’ouverture politique notamment grâce à l’Union européenne qui a mis en place l’ERC (European Research Council). Cet organisme finance des projets dont le seul gain est l’augmentation des connaissances sans viser d’applications immédiates. Tout système politique qui ferait blocage à cette ouverture, qui orienterait la recherche dans un secteur ou qui déciderait de ne pas financer des programmes de recherche parce qu’ils ne peuvent pas avoir des applications pratiques à court terme serait absolument néfaste. Par ailleurs, couper la France des financements européens aurait un effet catastrophique car l’Europe permet de relancer la créativité avec des répercussions dépassant les frontières.

La recherche fondamentale est conditionnée par l’ouverture politique. Distribuer les connaissances, intéresser les citoyens à ces sujets, témoigner de l’émerveillement qu’ils suscitent auprès de tous les publics, y compris les plus jeunes est absolument essentiel. Aussi, l’appel adressé aux femmes et hommes politiques quelques mois avant les élections présidentielles et signé par plus de 100 chercheurs, reste d’une vive actualité à quelques semaines des élections législatives[1].

Propos recueillis par S. Garciaz

[1]http://www.marseille-immunopole.org/mi-live/actualite/appel-aux-candidats-aux-elections-presidentielles-de-2017/

 



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