Théâtre & psychanalyse. Retour sur la rencontre « Réparer les vivants »

Par Renée Adjiman, un texte « coup de coeur » à propos de la rencontre tenue au théâtre des Bernardines, à Marseille, entre Emmanuel Noblet et Hervé Castanet, psychanalyste, le mercredi 18 janvier, au sujet de la pièce Réparer les vivants, d’après le roman de Maylis de Kerangal, adapté et mis en scène par Emmanuel Noblet (pour lire la présentation, cliquer ici).

Emmanuel Noblet dans "Réparer les vivants".

Emmanuel Noblet dans « Réparer les vivants », Théâtre des Bernardines.

Autour du don d’organe se jouent des histoires croisées. Les personnages sont absents, seule la voix d’Emmanuel Noblet résonne sous des tonalités différentes. Les mots remplacent l’image. Simon, dix-neuf ans, est un grand sportif. Il affronte les plus grosses vagues de l’océan sur sa planche de surf. Il vient de rencontrer l’amour ; un jour, au bout d’un chemin, il heurte un mur ; c’est la mort. Son père et sa mère sont appelés à prendre la décision d’autoriser le prélèvement des organes de leur fils pour sauver une vie. Sur scène, les voix se succèdent, le ballet a commencé. Emmanuel Noblet, tel un prestidigitateur, incarne les personnages dans un rythme effréné. Vie et mort sont étroitement mêlées. Mais c’est le triomphe de la vie sur la mort. Le cœur de Simon continuera d’exister dans le corps d’une femme de cinquante ans.

Il n’y a pas de nous. Ils sont là, présents dans la voix d’Emmanuel Noblet qui utilise le détail pour rendre compte de la singularité de chacun des personnages de cette pièce. La mort, ce réel auquel chacun va être confronté, ne prend pas la dimension du pathos, même si le drame est convoqué. Emmanuel Noblet s’y refuse, il traite ce sujet avec beaucoup de pudeur ce qui donne à cette pièce une certaine légèreté.

La conversation se tiendra sur cette même tonalité. Hervé Castanet laisse la place à l’auteur qui nous livre ses réflexions, son travail, ses questions sur la fonction du théâtre, sur des sujets qui touchent les grandes causes de l’humanité. Non il n’a pas, dans sa famille, connu ce drame. Ou peut être sa sœur jumelle lui a-t-elle rappelé qu’ils sont nées à trois kilos cinq tous les deux et été mis en couveuse ? Mais cette réponse n’est pas la sienne. Ses propos rendent compte du fait qu’il n’y a pas de vrai sur le vrai, que le désir n’est pas subordonné à un vécu, que même cette success story est un mystère. Emmanuel Noblet a joué la pièce 160 fois, il a fait la Une des critiques. L’acteur, l’auteur, a-t-il un engagement ? Une responsabilité de citoyen ? Même si nous n’avons pas tous les éléments pour répondre à ces questions, cette pièce est une belle illustration des conséquences d’un désir décidé de faire du théâtre un lieu politique.

Renée Adjiman



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