Portraits d’une ville : Toulon

Par P. Falicon – Le samedi 30 janvier à 11 h, à l’occasion de l’exposition « 42,84 km2 sous le ciel », une initiative originale s’est déroulée à l’Hôtel des Arts de Toulon. En partenariat avec la Section clinique d’Aix-Marseille, une rencontre a eu lieu entre la photographe Jacqueline Salmon et Hervé Castanet, psychanalyste à Marseille. Françoise Biasotto en a assuré la préparation.

AFFICHE EXPO SALMON HDACette exposition a pour ambition de proposer une interprétation poétique de la ville traversée par les vents et bouleversée par un immense chantier de rénovation urbaine. L’exposition est visible jusqu’au 24 Avril 2016. Un magnifique catalogue avec un texte de Jean-Christophe Bailly accompagne cette rencontre. Le projet, qui a nécessité une immersion de deux ans à Toulon, avait comme objectif premier de représenter la ville à partir de la population.

La conversation, orientée par les questions d’Hervé Castanet, a permis une approche très respectueuse du travail de l’artiste et, en même temps, a apporté un éclairage utile sur l’enjeu du travail de Jacqueline Salmon à Toulon. Il s’agissait de photographier la ressemblance à soi d’une ville et des visages qui l’habitent, d’en dresser le portrait. L’artiste a eu souci de préserver l’énigme, l’illisible au cœur de cette ressemblance à soi qui fait la beauté d’un visage.

Les questions tout en nuances d’Hervé Castanet ont permis de mettre en relief les choix décisifs de Jacqueline Salmon. Ainsi, elle n’a pas voulu réaliser une galerie de portraits historiques, souhaitant que tout un chacun, habitant de Toulon, venant voir l’exposition, puisse se reconnaître. Pas de lieu de pouvoir héraldisé par le personnage central qui lui donne sa signification, son emblème : préfet maritime et préfecture, maire et mairie, ingénieur et arsenal, etc. Cette absence est significative : il s’agit de peindre non l’être mais le mouvement de l’existence.

« À partir de quarante ans, un homme est responsable de son visage »

C’est avec le viatique de cette phrase de l’écrivain Roger Vaillant que Jacqueline Salmon est partie à la rencontre des habitants de la ville, tissant des liens à la fois provoqués et hasardeux. Écartant toute théâtralisation de la représentation, elle nous donne à voir la présence des corps dans l’espace, sur papier mat, à partir de tirages lithographiques. Elle recherche la qualité d’intensité de la vie secrète propre à chacun – qui en fait la beauté – plutôt que la valeur plastique. Elle « regarde les visages comme des paysages », dit-elle.

Véritable araignée dans sa toile, Jacqueline Salmon a tissé des liens multiples avec des personnes devenues amies. Elle a souhaité recueillir à travers ces portraits un certain nombre de métiers et les origines culturelles diverses qui incarnent Toulon. Elle proposait aux personnes qu’elle souhaitait photographier « soit de regarder à travers elle, soit à l’intérieur d’eux-mêmes ».

Hervé Castanet a ensuite mis l’accent sur l’invention propre à Jacqueline Salmon : photographier le vent. Sur les épreuves, elle dessine à la plume de minuscules traits qui indiquent le sens des courants. Ce projet, qu’elle avait à cœur depuis l’année 2000 après avoir vu dessinés au Musée Correr à Venise des profils d’île à l’encre noire, trouve ici son aboutissement. Elle photographie l’impalpable, comme dans ses portraits : le mouvement des vents qui modèlent les nuages. Les traits qui marquent ces mouvements débordent les cadres car rien ne les arrête.

De même, l’œuvre de Jacqueline Salmon, ainsi que l’a souligné Hervé Castanet, qui toujours nous précède.

Pierre Falicon

Pour lire la présentation de cette rencontre, cliquer ici.



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