« Un outil pour penser ». Retour sur la rencontre autour des « Ordres et désordres amoureux »

Le 18 novembre dernier, le Théâtre Toursky accueillait à Marseille une rencontre sur la question des « Ordres et désordres amoureux aujourd’hui ». Invités autour de son directeur, Richard Martin : Hervé Castanet, psychanalyste membre de l’ECF, Roland Gori, psychanalyste, et Annie Jeandot, enseignante en Lettres Histoire (lire la présentation détaillée en cliquant ici). Plusieurs membres de notre communauté de travail d’orientation lacanienne autour de l’ACF MAP reviennent sur cette soirée. Ainsi Sylvain Garciaz, sous le titre : « Un outil pour penser ».

Gilbert Garcin, The breakdown, 2009

Gilbert Garcin, The breakdown, 2009

La thèse est la suivante : « le droit n’est qu’une espèce du tordu » (Jacques Lacan, Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, p. 209). Contre la pensée normée, sujette à la règle de l’Œdipe, le particulier du bricolage de chaque parlêtre. Le rapport sexuel ne s’écrit pas. Il n’y a pas de complémentarité entre les sexes qui fasse union, il Y’a d’ l’un. Du côté du père, cela manque, il ne dicte pas la bonne conduite. Il n’établit pas de règles qui valent « pour tous » concernant la famille ou l’amour. Il ne dicte pas de loi naturelle, régissant le désir.

Les religions monothéistes tachent de faire consister le Nom-du-Père. Un dieu colérique dans la religion juive, un dieu amour pour les chrétiens, un père imposant avec qui l’on peut tout de même s’arranger et négocier, au cas par cas. La troisième religion, l’Islam, est du côté de l’un, ensemble de règles indiscutables, bloc de mots qui fait corps avec celui qui psalmodie les versets du Coran. Affirmation radicale du non-rapport.

Les trois religions font avec le père mais l’une d’elle contrairement aux deux autres l’incarne tout entier sans faille. L’outil est simple et sert de balise pour s’orienter, ouvrant une piste à explorer. Il introduit une différence entre les religions dans le traitement de la question de l’Autre. Le relativisme (toutes les religions ont produit le meilleur et le pire, l’Inquisition et la mystique, etc.) est dépassé.

Après la soirée, deux amis m’ont confié leur difficulté à nous comprendre. Le « non » du père  ou le « nom » ? De « l’un » ? Les signifiants de la psychanalyse ont été interprétés à leur façon, suscitant curiosité et parfois méfiance. En les réinventant, en continuant de les rendre accessibles ou frappants, en façonnant des outils pour penser, simples sans être simplistes, en les risquant aux questions du public du Toursky, quelques jours après les attentats de Paris, la psychanalyse résonne dans ce qu’elle a de plus subversif : la rencontre inattendue de la contingence.

Sylvain Garciaz

 

Lire aussi le texte de Ianis Guentcheff sur cette soirée.



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