Addiction(s) ?

Le bureau de ville Gap-Manosque de l’ACF MAP organisait le 25 mars la première soirée-débat sur son thème de l’année, l’addiction. Compte rendu, par Isabelle Fragiacomo.

Le bureau de ville Gap-Manosque de l’ACF MAP organisait le 25 mars la première soirée-débat sur son thème de l’année, l’addiction (lire la présentation ici), dans la perspective de la Journée d’étude du 19 septembre 2015 avec Marie-Hélène Brousse, membre de l’ECF. Deux professionnels avaient accepté notre invitation : François Monier, éducateur spécialisé, référent de la consultation Jeunes consommateurs (CJC) au Centre de soin, d’accompagnement et de prévention en addictologie de Gap (CSAPA), s’est entretenu avec Nicole Magallon, de l’ACF MAP, et Claude Neviere, médecin addictologue au Centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud, avec Isabelle Fragiacomo, de l’ACF MAP.

De la toxicomanie à l’addictologie

Dans les années 80, F. Monier rencontrait au CSST de Gap (Centre de soins spécialisés aux toxicomanes) des héroïnomanes perdus entre sida, hépatite C, overdoses et prison : « Nous étions des structures poubelles, s’occupant de déchets. » L’approche était centrée sur le produit, le modèle du soin était l’arrêt de la consommation, et les nombreuses morts étaient plus dues au sevrage et ses conséquences qu’au produit. Butant sur ce réel, des médecins commencèrent à inventer la substitution, premier virage dans les soins aux toxicomanes.

Pour F. Monier, l’arrivée des jeunes dans les CSST en constitue un deuxième. De la demande des héroïnomanes (« Débarrassez-moi de ce produit qui pourtant me permet de vivre »), on passait à celle de parents et de professionnels : « Je vous envoie ce jeune qui a un problème avec tel produit, mais qui dit qu’il n’en a pas. » L’enjeu fut d’inventer comment, à partir de ces demandes, permettre à ces jeunes d’explorer leur relation au produit ; produit souvent rencontré depuis peu, souvent vécu comme une solution, et à l’usage encore plastique. Peut-on parler de toxicomanie ? Cette nouvelle clinique a fait évoluer l’accueil dans les CSST. Puis, autour du signifiant addictologie, la création des CSAPA regroupa des structures jusqu’ici définies autour d’un produit : l’alcool dans les Centres de cure ambulatoires en alcoologie (CCAA), les opiacés dans les CSST.

De l’alcoologie à l’addictologie

A l’époque des CCAA, C. Nevière était médecin urgentiste. Elle intervenait lorsque des alcoolisations massives engageaient le pronostic vital, mais c’était une partie sans parole. Depuis 2008, où l’addictologie est entrée à l’hôpital, elle en est médecin référent et a engagé cette reconversion avec le désir de prendre le temps de la relation. Elle a témoigné du changement dans l’approche thérapeutique de l’alcool qui suivi celui des drogues : non pas viser l’abstinence mais « réduire les risques » en diminuant la consommation. Elle nous a fait part de ses questions, entre sa satisfaction comme médecin lorsqu’un patient devient abstinent – surtout s’il a des complications somatiques –, et son inquiétude vis-à-vis de l’abstinence car elle repère l’usage thérapeutique de l’alcool.

Le Baclofène* arrivé ensuite souligne cette question : quand le Dr Olivier Ameisen a fait connaître son auto-expérimentation du Baclofène* à quoi il attribue sa sortie d’un alcoolisme ravageant (Le dernier verre, Denoël, 2008), deux millions de personnes en France se sont adressées pour la première fois aux médecins en demandant cette molécule, pour freiner leur consommation plus que pour l’arrêter. Par ailleurs, après avoir fait l’expérience qu’une cause qui aurait allure de vérité peut conduire un sujet à se suicider. C. Neviere remet en question qu’il faille chercher la cause de l’addiction, ce qui pour certains thérapeutes resterait nécessaire à la guérison.

Border la jouissance

Cette soirée a permis de poser la question fondamentale pour la clinique – des médecins, éducateurs et psychanalystes –, des coordonnées à trouver du rapport fondamental pour chacun à cette jouissance, à l’étrangeté de cet excès qui, pour certains, fait ravage. Plutôt qu’une vérité toujours menteuse, il y a à chercher avec les patients comment border la jouissance toujours en jeu dans la relation à ces produits. L’ACF est un lieu où approfondir cette orientation.

Isabelle Fragiacomo



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