IE. « Interpréter l’enfant » : retour sur la journée du 21 mars

Le 21 mars dernier, au Palais des congrès d’Issy-les-Moulineaux (région parisienne), s’est déroulée la troisième journée de l’Institut de l’Enfant sur le thème « Interpréter l’enfant ». Exposés cliniques et table ronde ont été illustrés par de courts extraits de dessins animés forts éloquents. Echos, par Marion Gouvernet et Alain Revel.

Comment faire une place à ces moments de subjectivation où s’isole, autour d’un objet pulsionnel, la trouvaille, la réponse singulière qui se fait jour pour traiter la jouissance en jeu pour un enfant ? L’interprétation sera « ce petit coup d’épaule », suivant l’expression reprise par Laurent Dupont, qui, de la rencontre avec l’analyste, garantit cette visée. Ce n’est pas le sens ou la signification qui importent mais les mots qui résonnent, ce qui indiquera une voie sur le poids de jouissance qui aura pris dans les mots.

Traiter le réel sans loi est un travail qui prend en compte ce poids des mots, cela s’entend bien lorsque la pratique amène à prendre en charge des enfants qui vivent la parole comme une intrusion, une énigme mal supportée, par exemple dans l’hallucination.

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A la tribune, de gauche à droite : Martin Quenehen, Alexandre Stevens, Caroline Eliacheff, François Ansermet, Daniel Roy.

L’interprétation est une rencontre où alors le mode d’intervention, coupure, silence doit rendre présent la dimension de l’objet pulsionnel en jeu mais aussi où l’analyste doit se déplacer par rapport à cela.

Dans les exposés cliniques, on a pu entendre comment l’analyste ne se contente pas de délivrer une interprétation mais donne de sa présence et s’engage. Il essaye de se faire instrument.

La mise de l’analyste peut prendre la forme du trait d’humour, la manifestation de sa surprise, du non-sens « on y comprend rien » ou « elle est pas drôle cette blague », de la mise en avant de l’équivoque.

Dans la cure avec l’enfant, il s’agit, comme avec l’adulte, de remettre en circulation les signifiants, ce qui permet de faire une place à son désir. Rose , dans le texte intitulé à juste titre « le beau-père », manifestant son intéret pour Jésus sur la croix, dit : « Il est beau, il est grand, il tient bien. »

Il est bien question du retour pour le sujet de ce qui l’implique dans sa jouissance. Le terme de coupure vient s’adosser à celui d’interprétation. La coupure d’une interprétation peut avoir un effet dans le corps. Jeanne, qui se présente par un « je suis anorexique », aura trouvé à qui parler puisqu’il lui sera répondu : « Non vous refusez de manger » ; ceci a remis le sujet en place de choix.

Dans la table ronde sur « L’enfant dans ce siècle et les psychanalystes » se fit entendre notamment combien pour accueillir l’enfant de ce siècle il s’agissait de ne pas se laisser piéger par les idéaux et faire une place à l’enfant qui à affaire à la pulsion. Il fut souligné aussi que, pour accueillir cet enfant, il ne fallait pas oublier qu’il est celui qui le premier s’affronte au pouvoir de la langue sur son corps vivant et que c’est seul qu’il le fait. Il s’agit de prendre en compte que son symptôme est sa réponse au réel et que l’interprétation est d’abord la sienne face à ce réel.

P1030510Jacques-Alain Miller (photo), comme orientation de nos travaux futurs, nous a proposé de « penser en direction de l’adolescence ». L’adolescence construction, semblant, l’adolescence et nos bases théoriques dans le champ psychanalytique, l’adolescence sur quoi « se fait sentir avec le plus d’intensité les effets de l’ordre symbolique en mutation », jusqu’à l’actualité la plus brûlante et la question du réel dans celle-ci ; voilà rapidement les indications qu’il nous a donné pour ces deux ans à venir.

Marion Gouvernet, Alain Revel.



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