ACF MAP. Eric Zuliani : Les bienfaits du malentendu dans la vie amoureuse

C’est à Martigues qu’Éric Zuliani est intervenu, dans ce très beau lieu qu’est la médiathèque Louis Aragon, mis à disposition de l’ACF MAP grâce au soutien de la coordinatrice des évènements culturels, Marie-Christine Blanc. Le temps était printanier, l’humeur aussi, et la légèreté avec laquelle Éric Zuliani s’adressa au public soutint cette atmosphère. Compte rendu, par Martine Revel.

« A partir de l’inconscient, Freud a éclairé la vie amoureuse des hommes et des femmes comme se déroulant sur une Autre scène. Un texte inconscient détermine, à l’insu du sujet, la pièce dans laquelle le sujet engage ses capacités à aimer, désirer et jouir. De ce point de vue, la rencontre avec un partenaire peut devenir problématique.
Dans le même temps, il invente une pratique de parole inédite dans laquelle un amour véritable – qu’il nomme transfert – joue une fonction éminente. Lacan fait cas de ce « nouvel amour » (Encore) sous l’accent duquel se déroule une expérience analytique, et trace de nouvelles perspectives concernant la vie amoureuse. Nous en déduirons les conséquences du côté homme, à partir d’exposés de cas. » E. Zuliani.

Rappelons que ce cycle de conférences s’intéresse « aux mystères de la rencontre d’hommes et de femmes à l’époque du déclin du Père ».
Dominique Pasco, déléguée régionale, Sylvie Goumet, qui présidait, et Françoise Denan en tant que discutante, trois femmes donc, entouraient le conférencier, qui avait mis l’accent sur des cas concernant des hommes pour soutenir son propos : « Les bienfaits du malentendu dans la vie amoureuse. »

Jacopo-Zucchi

J. Zucchi, Psiche surprende Amor (1590).

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C’est sur le troisième terme du thème de ces conférences, la rencontre, qu’Éric Zuliani mit l’accent lors de cette après-midi. Et pas n’importe quelle rencontre : celle avec le psychanalyste.
Un sous-titre, « La psychanalyse : une pratique de l’équivoque », fut l’orientation qu’il donna pour parler des « bienfaits » du malentendu dans cette rencontre. Il introduisit son propos à partir de l’éclairage de Freud sur la vie amoureuse comme se déroulant sur une Autre scène, et les conséquences de cette découverte, soit une expérience de parole inédite, dans laquelle un amour véritable – nommé transfert – y joue une fonction éminente.
Il précisa la position de Lacan par rapport aux post-freudiens : quand ceux-ci « voyaient dans ce transfert une répétition, Lacan y démontrait le ressort d’un possible ’’nouveau’’ dans la vie amoureuse d’un sujet ».
C’est ce ressort qu’Éric Zuliani fit entendre dans l’exposé de trois séquences d’analyse.

Il n’y a pas de dernier mot

« JAM disait que faire une analyse, c’est substituer un couple à un autre », rappelle le conférencier. L’amour y a valeur de symptôme, entre « le désir qui a ses conditions répétitives et la jouissance, ses exigences traumatiques. L’amour dépend toujours d’une rencontre qui ne relève pas d’une formule qu’il n’y a pas. Chacun s’arrange de ce non-rapport par un symptôme qui relève d’un malentendu, d’un calembour disait Lacan. Dans ce couple analyste-analysant, le malentendu ne peut se résoudre dans un dernier mot mais se saisir dans l’équivoque, dans le calembour qui permet alors l’invention.

L’invention elle-même ne fut pas un dernier mot dans cette après-midi ensoleillée, car Éric Zuliani fit du débat qui s’engagea le lieu d’une élaboration toujours en devenir autour des cas de sa pratique. Jusqu’au moment où soudain, l’ombre fit place au soleil : un bateau passait devant la baie vitrée ! Un bateau entrait dans la ville ! L’ombre ne fit pas dernier mot là encore, mais produisit la surprise et contribua au ton donné dans cette rencontre avec la psychanalyse.

Martine Revel

Eric Zuliani est psychanalyste à Nantes, membre de l’ECF et enseignant. Il publie régulièrement des articles (La petite Girafe, La Lettre mensuelle, etc.) et a collaboré à l’ouvrage A partir de quand est-on fou ? : études cliniques, tome 1 (éditions Himeros, 2008).



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