SC. "Un partenaire à l’école?", par Hélène Casaus

En préparation des trois après-midi de formation Exclusion-Trauma-Passage à l’acte organisées par la Section clinique d’Aix-Marseille, Hélène Casaus,psychologue clinicienne, participante à la Section clinique nous livre ce texte en forme de question: « Un partenaire à l’école? »

L’école de la République n’est pas épargnée par les protocoles d’évaluation. Dès l’âge de 3 ans, il s’agit d’évaluer les compétences, les acquisitions, les habiletés, les comportements, le langage etc. Ainsi, certains enfants sont « repérés » et signalés comme déviants par rapport à la norme. Les parents sont invités à faire des bilans, qui n’en finissent pas, auxquels le psychologue scolaire est sommé de participer. L’enfant, estampillé par le discours médical, est alors assigné à un signifiant ou un acronyme : « dyslexique », « TSA », « TDHA », « hyperactif » qui, parfois, subsume son être (« Il est dys »).

Des prises en charge, souvent rééducatives sont éventuellement mises en œuvre dans le champ du handicap. Des enfants peuvent vivre des situations d’échec, d’exclusion, pendant longtemps et/ou s’identifier et se figer sur le signifiant de l’Autre. Le savoir de l’Autre ne laisse que peu de chance au sujet, d’en dire quelque chose. Donner la possibilité d’une adresse d’énonciation est le premier pas, essentiel. Pour rencontrer un enfant à l’école, le psychologue de l’éducation nationale s’adresse à l’enseignant, qui est, dans la majorité des cas, à l’origine de la demande. Ecouter sa parole avec les outils de la clinique psychanalytique, permet de faire le pas de côté, d’ouvrir une conversation hors des protocoles (PPRE, PAP, PPS etc…)[1] Elle remet en circulation le désir de l’enseignant quant à cet élève. Subvertir le discours commun à l’aide du discours analytique permet de changer de focale. Et si cet enfant avait quelque chose à dire de ce qui lui arrive ? Et si telle et telle difficulté avait une fonction ? Le questionnement partagé peut faire ouverture. L’enseignant invite alors les parents à rencontrer le psychologue scolaire. Ces derniers répondent le plus souvent présents quand ce premier temps d’élaboration a pu se dérouler, même s’il faut ruser parfois !

Dans un premier entretien, il s’agira de repérer ce qu’il en est de la place de cet enfant au sein de la famille, dans sa relation au couple parental, à la mère et au père. La référence aux notes sur l’enfant de Jacques Lacan est une boussole solide. Une demande parfois loin des considérations des adultes peut émerger si tant est qu’elle n’est pas recouverte par l’Autre. Si l’enfant mise sur la parole, nous misons avec lui. Il vient déplier ce qui le préoccupe, à sa façon, et avec son style. Nous le suivrons dans son cheminement, orientée par le dernier enseignement de Lacan, afin de repérer ce qui peut, selon les cas, faire localisation, bord, ou symptôme. Ce dernier pourra être entendu sur son versant de jouissance mais aussi de savoir partant du principe que l’enfant a un savoir, singulier, même s’il est insu de lui-même. Comme nous l’indique Jacques-Alain Miller:  “Son savoir est respecté comme celui d ‘un sujet de plein exercice, car il est sujet de plein exercie et non pas “sujet à venir”, comme il l’est aux yeux de la pédgogie, et c ‘est un savoir respecté dans sa connexion à la jouissance qui l’enveloppe, qui l’anime, et dont on peut même dire qu’elle se confond avec lui”[2]

Les effets sont souvent sensibles. Ainsi des « bricolages », des solutions au cas par cas sont inventés que ce soit dans les séances avec l’enfant, ou dans le dispositif d’accueil en classe, à l’école ou dans les structures dans lesquelles l’enfant est accueilli. (MECS, ITEP, CMPP etc…).  La « boite à outils » du dernier enseignement de Lacan est du côté d’une clinique pragmatique, dont le psychologue peut faire usage, en extension, dans les écoles, de façon très opérante. Le lieu de l’école devient alors de nouveau une possibilité de lien social, dont l’enfant n’est pas exclu et c’est par ce lien social, fait de discours, qu’il pourra renouer avec les apprentissages, à sa façon. Se faire partenaire de l’enfant à l’école, avec son désir et pas sans la psychanalyse. 

[1] PPRE : projet personnalisé de réussite éducative. PAP : plan d’accompagnement personnalisé. PPS : projet personnel de scolarisation

[2] Jacques-Alain Miller, « L’enfant et le savoir », Peurs d’enfants, Paris, Navarin, Coll. « La petite girafe », 2011, p.18

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