SC. "Une découverte dangereuse…", par Véronique Villiers

En préparation des Conférences d’introduction à la psychanalyse organisée par la Section clinique d’Aix-Marseille intitulées « L’invention de l’insconscient », Véronique Villiers, psychologue clinicienne et participante à la Section clinique d’Aix-Marseille nous présente un texte: Une découverte dangereuse.

C’est à partir de ses propres rêves que Freud va élaborer une méthode d’interprétation. Il y fut conduit par l’idée que « si l’on ne sait pas expliquer la genèse des images oniriques, on s’efforcera en vain de parvenir aussi à la compréhension des phobies et des idées obsessionnelles et délirantes, voire d’exercer éventuellement une action thérapeutique sur celles-ci [1]». Pour Freud, l’interprétation des rêves est incontournable pour la théorisation des processus en jeu dans la formation des névroses et pour élaborer une solution thérapeutique.

Il soumettra cette méthode d’interprétation à Wilhelm Fliess, jeune rhinologue berlinois de deux ans son cadet, spécialisé dans les affections du nez et de la gorge. Freud et Fliess se sont rencontrés à Vienne à l’automne 1887, un an après que Freud se soit installé comme neurologue. Esprit subtil et cultivé, Fliess, l’a rapidement séduit par son éloquence, son assurance qui semblait l’autoriser à s’aventurer dans certaines spéculations scientifiques. En effet, selon Fliess, il existait un rapport étroit entre la muqueuse nasale et les activités sexuelles.

Devenu son interlocuteur privilégié, auquel Freud se confie librement, une riche correspondance constituera le fruit de leurs échanges durant plus de 17 ans (1887 à 1904).

C’est avec le rêve de l’injection faite à Irma, « le rêve des rêves[2] », que Freud trouve un réel point d’appui à sa théorisation de l’inconscient. Le rêve comme voie royale qui mène à l’inconscient, n’est pas l’inconscient lui-même mais une manifestation, une formation, une « transposition[3]» qui en suppose l’existence. Ce rêve est central et déterminant pour Freud puisque dans sa lettre en date du 12 juin 1900 adressée à Fliess, il écrit : « Crois-tu vraiment qu’il y aura, un jour sur la maison, une plaque de marbre sur laquelle on pourra lire :

C’est dans cette maison

Que le 24 juillet 1895

Le mystère du rêve fut révélé

au Dr. Sigmund Freud[4] »

 Freud se trouve alors à un moment décisif de la découverte de l’inconscient avec le sentiment de faire « une découverte dangereuse[5] ».

 

[1] Sigmund Freud, « Note préliminaire », L’interprétation du rêve (1899-1900), Traduit de l’allemand et annoté par Jean-Pierre Lebebvre, Écrits philosophiques et littéraires, Paris : Opus Seuil, 2015, p. 29.

[2] Jacques Lacan, Le Séminaire, livre II, Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, Texte établi par J.-A. Miller, Paris : Seuil, 1978, p. 179.

[3] Sigmund Freud, « L’inconscient », Métapsychologie, Paris : idées/Gallimard, p. 5.

[4] Sigmund Freud, Lettre n° 137, du 12-6-1900, in La naissance de la psychanalyse, Paris : PUF, 1973, p. 285.

[5] Jacques Lacan, Le Séminaire, livre II, Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, op. cit., p. 194.



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