CPCT. « Déplacer la hâte », par Dominique Pasco

Avec « Déplacer la hâte », Dominique Pasco, consultante au CPCT Marseille, livre une vignette clinique élaborée dans le cadre du Colloque Psychiatrie-Psychanalyse tenu en septembre 2019.  
Cette vignette s’inscrit dans un ensemble de cas livrés, sauf un, par les consultants au CPCT Marseille-Aubagne, qui témoignent de l’orientation psychanalytique des traitements au CPCT, dispositif gratuit, limité dans le temps et dans lequel les consultants sont bénévoles. Ces cas cliniques sont totalement anonymes et construits en logique. Ils rendent compte des effets obtenus et du travail de recherche conduit dans ce dispositif. Ils témoignent aussi de la façon dont les problématiques contemporaines sont abordées au CPCT où les pathologies sont pensées à l’aune de la subjectivité des patients. 

Au CPCT, temporalité et gratuité sont les principes au cœur du dispositif, le temps y est introduit comme fonction logique. À ce titre et tel que Lacan le conçoit, il se décline selon trois temps : l’instant de voir, le temps pour comprendre, le moment de conclure[1]. Ce découpage logique n’a rien à voir avec la durée de la montre. Lacan décline ces modulations du temps[2] à partir du sophisme des trois prisonniers à lire dans ses écrits : « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée ». Il étudie la genèse du mouvement mis en œuvre par les sujets pour prendre une décision qui vaudra comme acte, et le déconstruit selon trois temps repérables car scandés par des temps d’arrêt. Il saisit « dans la modulation du temps la fonction même par où chacun de ces moments, dans le passage au suivant s’y résorbe, seul subsistant le dernier qui les absorbe[3] » (dans la conclusion, l’acte). Au CPCT, la consultation A* comporte elle aussi, dans sa structure, les trois temps logiques lisibles dans les dires du sujet.

Au CPCT, point de cure, mais un traitement à durée limitée avec un nombre de séances comptabilisé connu a priori. Dès lors, la fonction logique du temps devient un ressort essentiel, opérateur logique contribuant à servir la visée du traitement. Si susciter l’entrée dans le discours analytique et faire le pari de l’émergence du sujet de l’inconscient et/ou de l’entame de la jouissance est l’un des enjeux du traitement, il relève de la responsabilité du consultant du groupe A comme acte de décider l’entrée. Il s’agit de cerner si oui ou non, la rencontre dans le cadre de ce dispositif – où le transfert va vers l’institution – sera possible et aura une utilité pour le sujet, « fera du bien ou du mal[4] ».

Le cas exposé est celui d’une jeune femme dont le traitement est terminé. Nous l’avions reçu lors d’une consultation A, unique, au cours de laquelle, nous avions fait le pari d’un possible traitement. Nous proposons de relire cette première consultation, les signes discrets alors repérés et certains signifiants maîtres isolés, à l’aune de ce qui s’est produit au cours de son traitement.

L’instant de voir

Suite à de « brillantes » études universitaires, Lara intègre un poste à responsabilité…Pour lire la suite cliquez ici

 

 *le patient est reçu de une à trois par un consultant A pour étudier les possibilités et les modalités du traitement qui se fera avec un autre consultant B, sur 16 séances maximum

[1] Lacan Jacques, « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée, Un nouveau sophisme » (1945), Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 204.

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Miller Jacques-Alain, « Les contre-indications au traitement psychanalytique », Mental n° 5, 1998, p. 13-14.



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