SC. Colloque 2019. « Pourquoi l’autisme? », par Jean-François Cottes

En préparation du Colloque Psychiatrie-Psychanalyse des 26-27 septembre, Jean-François Cottes, directeur du Centre d’études et de recherches sur l’autisme (CERA), membre de l’ECF et de l’AMP nous offre ce texte: « pourquoi l’autisme? »

Comment se fait-il que ce trait isolé par Eugen Bleuler dans la schizophrénie – terme forgé par soustraction de l’éros du concept freudien d’auto-érotisme – soit devenu une catégorie clinique et que ce diagnostic concernant une part très réduite de la nosographie psychiatrique ait été ensuite converti en Troubles envahissants du développement dans les différentes versions du dsm en y rattachant puis en y incluant, dernièrement, les psychoses de l’enfant ? Comment se fait-il que ce diagnostic ait connu un tel succès d’abord chez les praticiens, et maintenant un tel engouement médiatique et finalement populaire ? Car l’autisme est maintenant populaire, on s’en revendique, on s’y reconnaît, on s’auto-diagnostique comme tel.

Il faut que quelque chose ait, comme le dit Jacques Lacan à un autre propos, « cheminé cent ans dans les profondeurs du goût » pour qu’un tel retournement s’opère.

Voyons comment s’est développé outre-Atlantique le mouvement pour le respect de la neurodiversité, qui arrive maintenant en France. Ce courant affirme que l’autisme est un fonctionnement neurologique différent du fonctionnement typique. Encore une fois, le Québec assure l’interface linguistique en traduisant en français des thèses américaines. Le représentant le plus connu de ce courant est le Dr Laurent Mottron, qui n’a pas de mots assez durs pour critiquer les thérapies comportementales en tant qu’elles nient la spécificité autistique et tentent d’imposer de force le modèle « neurotypique ».

Il apparaît ainsi une tendance à faire de l’autisme un style de vie et à le faire reconnaître comme tel. Mais est-ce tout, cela suffit-il à rendre compte de la place qu’il occupe dans le discours contemporain ? Faire accepter le style autistique, ce serait seulement lui faire sa place dans le catalogue des identifications collectives contemporaines : cloisonnées, clivantes, communautaristes.

Or il s’agit de plus que cela. L’autisme attire, fascine, suscite aujourd’hui l’admiration. Il y a là une supposition de savoir qu’il faut élucider. Ne serait-ce pas que le parlêtre contemporain s’y reconnaît ? Qu’il y cherche des réponses à ses propres énigmes, en particulier à sa tendance à se retrouver « sans le secours d’aucun discours établi », « sans aucun discours dont il puisse faire lien social » (J. Lacan). L’autiste n’incarnerait-il pas celui qui sait se passer de l’autre quand la socialité tend à se racornir dramatiquement sur la toile des réseaux sociaux des gafa ?

Sur un autre bord, l’autisme pose une question fondamentale au lien social. Comment faire quand on ne peut entrer dans le lien social dominant, dans un contexte d’extension généralisée du domaine des normes sur tous les aspects de la vie ? Il convoque chacun à ce que l’invention prenne le pas sur la reproduction du même, que la trouvaille l’emporte sur l’adaptation forcée à la norme.

 

C’est ici que l’orientation lacanienne de la psychanalyse démontre sa capacité à permettre la rencontre avec les sujets autistes, non seulement pour les psychanalystes qui en témoignent mais aussi pour tous les praticiens qui refusent les pratiques protocolisées et objectivantes. 

 

 

 

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