SC. Colloque 2019 – Interview – Philippe La Sagna

En préparation du Colloque Psychiatrie-Psychanalyse des 26-27 septembre, Philippe La Sagna, psychiatre, psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP et enseignant à la Section clinique de Bordeaux répond à la question de Françoise Haccoun, enseignante à la Section clinique d’Aix-Marseille: La psychiatrie d’aujourd’hui et de demain, quelle place pour la psychanalyse ?

« La clinique psychanalytique consiste dans le discernement de choses qui importent et qui seront massives dès qu’on en aura pris conscience. L’inconscience où on est quant à ces choses qui importent, n’a absolument rien à faire avec l’inconscient, qu’avec le temps j’ai cru devoir désigner de l’une-bévue. Il ne suffit pas du tout que l’on ait soupçon de son inconscient pour qu’il recule – ce serait trop facile. Ça ne veut pas dire que l’inconscient nous guide bien. » J.Lacan Ouverture de la SC

La psychiatrie était en crise au XXe siècle mais aujourd’hui, il faut plutôt parler de naufrage. C’est le résultat de 30 ans d’efforts de naturalisation de l’esprit, de diffusion de l’idée que les maladies mentales sont des maladies du cerveau, de l’effet de la classification DSM censée aboutir à un repérage génétique, entreprise qui a échoué, enfin du tout médicament. Ce qui a été jeté aux orties avec constance au fil des années c’est toute l’expérience de la clinique médicale en psychiatrie, de la psychothérapie et de la vie institutionnelle des malades, de la psychiatrie sociale, de la place de la maladie dans la cité et, bien sûr, souvent, de la psychanalyse. La psychanalyse a été mise en question au plus haut niveau des politiques de santé depuis vingt ans par une apologie de l’idéologie de l’évaluation et des pseudo sciences cognitives. Aujourd’hui nous sommes devant une crise humanitaire déniée dans la psychiatrie, avec le retour des méthodes coercitives et asilaires, avec un manque de soins et une ségrégation renforcée, qui s’abritent du scientisme.

Les crédits consacrés aux neurosciences font défaut à toute perspective alternative à cette recherche, de la psychopathologie à la sociologie et, bien sûr, aux questions sociales, aux thérapies psychodynamiques et, enfin, à la psychanalyse.  Personne ne veut constater que tout cela est l’effet d’une politique assumée qui a traversé plusieurs régimes. Même la recherche de nouveaux médicaments est au point mort ! Il est probable que la crise de la psychiatrie est un premier signe de ce qui risque arriver très bientôt à la médecine dans sa globalité.

Les psychanalystes ont-ils étés à la hauteur dans ce combat ? On ne peut pas le dire de tous !

Les Sections cliniques, par contre, en France et ailleurs dans le monde, ont maintenu, depuis plus de trente ans, le souci de la clinique psychiatrique à travers des enseignements, des présentations de patients et à travers leur articulation avec des centres de consultations gratuits ouverts à tous (les CPCT). Elles ont été au cœur du combat des Forums contre l’évaluation et le combat continue.

Cette action des Sections cliniques, à travers UFORCA, n’a pas d’équivalent en France. Elles ont prolongé le souhait de Lacan dans sa création de la première Section clinique, à Vincennes. La seule trouvaille récente dans la clinique psychanalytique a été la notion de psychose ordinaire qui vient de là, du travail des SC, orienté par J.-A. Miller.

Un bémol : le mot de clinique est utilisé à tout va, pas toujours au sens souhaitable. Le souci clinique est une excellente chose pour la psychiatrie. Dans la psychanalyse, comme le souci de guérir, il doit être mis en question. C’est là que vient la question du discernement des choses quand on n’efface pas l’inconscient. La question doit venir à ce niveau de la formation des psychanalystes. Dans leur « formation » à l’analyse, la clinique psychiatrique classique, ne figure que comme un repère nécessaire. La psychanalyse de l’analyste, c’est la boussole pour aborder la clinique. La clinique en analyse est sous transfert nouée au désir de l’analyste. C’est ce que refuse le scientisme !

La clinique de demain, qui est là dès aujourd’hui, bénéficiera des apports de l’analyse. La psychanalyse éclaire déjà en acte ce que représente le défi des exils et du climat, de la souffrance au travail, des addictions, de la violence familiale et de la place des femmes dans la cité, de la crise de la pédagogie, de la difficulté des relations entre les sexes, du sort des anciens.

Le programme et la liste des intervenants

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