SC. Colloque 2019 – Interview – Marc Soulas

Dans le cadre du Colloque Psychiatrie-Psychanalyse qui a eu lieu les 26 et 27 septembre à Aix-en-Provence, Marc Soulas, psychiatre, participant assidu à la Section clinique d’Aix-Marseille répond à l’invitation de Patrick Roux, enseignant à la Section clinique d’Aix-Marseille, et s’exprime sur ce que lui inspire le thème du colloque. Psychiatrie – Psychanalyse : quel nouage aujourd’hui ?

Ce que m’évoque ce titre c’est une très longue histoire d’amour et de haine au milieu de laquelle j’ai fait ma formation et ma carrière de psychiatre. Mais, sur le fond, ce nouage me semble être du registre du rêve, de l’utopie et même de l’impossible.

À une époque déjà lointaine, les années 1940-1950, un certain nombre de signes pouvait faire penser que ce nouage serait possible : beaucoup de psychiatres avaient une formation analytique, l’apparition du mouvement de la psychothérapie institutionnelle initié par Tosquelles et Bonafé, les colloques de Bonneval organisés par Henri Ey et Lacan témoignant sinon d’un nouage, au moins d’un dialogue, d’une ouverture. Mais cela ne pouvait pas durer, c’est ce dont Lacan prenait acte en 1967 dans son « Petit discours aux psychiatres de Sainte-Anne ». Les oppositions de structure entre psychiatrie et psychanalyse, comme on pouvait s’y attendre, ont fini par tout balayer.

L’orientation implicite de la psychiatrie et de l’aliénisme qui l’avait précédée, depuis Esquirol et Ferrus, a toujours été de vouloir préserver l’ordre social et la société et donc de tenter de « normaliser » les fous, de les « ramener à la raison », éventuellement avec des méthodes violentes et coercitives et de mettre le psychiatre en position de savoir ; quand la psychanalyse est, elle, structurellement subversive dans la mesure où elle fait le pari du sujet et de sa vérité. Elle est donc impossible à assujettir à un ordre social ou à une idéologie, elle dévoile que seul le patient, le fou, a un savoir sur son expérience subjective singulière.

Si nouage il y a, il ne peut donc se faire qu’avec la psychiatrie classique et son trésor clinique qui se fonde comme la psychanalyse, sur une écoute attentive du discours des patients, là où la psychiatrie contemporaine s’engage dans la voie sans issue du scientisme.

Il s’y ajoute la question vertigineuse de la démographie : les effectifs des psychiatres en activité étant en train de se réduire à zéro. Ce phénomène est masqué dans notre région par le mouvement migratoire général vers le sud et, au niveau national, par des chiffres officiels délibérément faux.

In fine, ce nouage ne peut donc se réaliser, s’incarner, que dans la personne, dans l’être des cliniciens eux-mêmes (de nombreux membres de l’ECF en sont une illustration éminente…). Je peux témoigner du fait que, dans mon cas personnel, l’orientation analytique a apporté un épanouissement personnel substantiel et, pour ma pratique, une clarté et une pertinence nouvelles. Enfin, pour mes patients, des effets thérapeutiques que je qualifierais de semi-miraculeux par rapport à la pratique psychiatrique humaniste classique qui était la mienne jusque-là.

Que faire ? Ce nouage dans la personne du clinicien relève du vivant, il doit donc être nourri et travaillé en permanence. C’est la responsabilité de chacun d’entretenir et de faire vivre le nouage qu’il incarne, nouage par nature précaire et menacé. Pour ma part, dans la mesure où je n’ai plus d’activité clinique depuis ma retraite, j’y ajouterai la responsabilité de la transmission aux jeunes collègues qui sont amenés à prendre le relais.

À ce prix, le réel de la clinique, par nature impossible à supporter, peut être pacifié et orienté par les concepts et le discours, c’est-à-dire par un travail de symbolisation qui opère mais doit être toujours poursuivi.

Le programme et la liste des intervenants

 



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