SC. Colloque 2019 – Interview – Hervé Damase

En préparation du Colloque Psychiatrie- Psychanalyse des 26-27 septembre, Hervé Damase, psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP, cadre au CTR de Nonette et enseignant à la Section clinique de Clermont-Ferrand répond aux questions de Françoise Haccoun, psychanalyste à Marseille, membre de l’ECF et de l ‘AMP et enseignante à la Section clinique d’Aix-Marseille.

Que vous évoque ce thème du colloque nouage psychiatrie/psychanalyse, en lien avec votre pratique ?

Pour moi, psychiatrie et psychanalyse trouvent à se nouer, aujourd’hui encore, dans cette pratique sans pareil qu’est la présentation de malade, soit ce dispositif qui consiste dans un entretien entre un malade accueilli en service de psychiatrie et un analyste. C’est là une occasion unique offerte à l’ouverture de l’inconscient réel. Pour combien de temps encore ? Car cette pratique clinique de parole, au fondement de la clinique psychiatrique, que Lacan a promu et soutenu par son désir, est menacée, à l’heure du contrôle généralisé. Psychiatrie et psychanalyse se nouent si et seulement si la psychiatrie ne renonce pas à donner une valeur à la parole en tant qu’elle est nouée au corps. Notre époque, à l’heure du DSM, est celle de la dévaluation de la parole, réduisant l’être parlant à ses comportements.

Dans la pratique de la présentation de malade, l’analyste, par sa présence, ouvre une voie, opère une coupure, laisse une place au manque pour l’émergence d’une parole sous transfert. Il s’en produit un savoir inédit, d’abord et avant tout pour le patient lui-même, qui se découvre autre à lui-même.

Aujourd’hui, les symptômes sont considérés comme des troubles à éradiquer, l’observable et le quantifiable, le tout neuro comme on dit, prennent le pas sur la dimension subjective. Que faire selon vous pour préserver nos trésors cliniques ?

Il me semble que la racine du problème gît dans une volonté de massification, laquelle se situe à l’envers du désir du clinicien orienté par la psychanalyse : lui sait qu’aucun cas ne ressemble à un autre, que le symptôme est une construction singulière qui sert de défense contre le réel. Aucun mode d’emploi, aucun protocole ne peut venir à bout du symptôme. Autrement dit, le symptôme n’est pas le problème mais la solution. Bien sûr, cette solution est parfois très coûteuse, d’où la nécessité d’aller au-delà de cette solution pour atteindre à la sublimation par le sinthome.

La clinique disait Lacan est « le réel en tant qu’il est l’impossible à supporter ». Un petit commentaire en lien avec votre formation de clinicien et à l’usage des psychiatres de terrain ?

Tout clinicien qui entre dans la profession ne peut qu’être sensible, au moins après coup, à cette définition tellement vraie de la clinique par Lacan. Lorsque l’on rencontre la psychose, on ne peut qu’être confronté, en tout cas ce fut mon cas, à un insupportable. Cet insupportable nous concerne en tant qu’il n’est pas celui du collègue. Face à cet insupportable, un choix se présente : fuir… ou rester. Avec l’enseignement de Lacan pour viatique, il s’agit de mettre au travail cet insupportable, pas sans le recours à l’analyse pour soi-même. Et là encore, comme avec le symptôme, il ne faut pas croire que cet insupportable va se dissoudre avec le temps. Simplement, il devient le réel, notre réel, comme une boussole qui nous oriente dans la pratique.

Le programme et la liste des intervenants

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