SC. Colloque 2019. « Les inattendus de la clinique » de Jacqueline Dhéret

Jacqueline Dhéret, psychanalyste membre de l’École de la Cause freudienne (A.M.E.), enseignante à la Section clinique de Lyon. Elle s’entretient avec Patrick Roux, enseignant à la Section clinique d’Aix-Marseille.

La clinique n’obéit pas à des lois simples. Elle nécessite, depuis son émergence au XIXº siècle une curiosité, un intérêt pour ce que Freud a nommé les divins détails[1]. La considération de l’inconscient éloigne des barrières défensives que construisent les grandes théories. Si l’on regarde seulement à partir de la notion de trouble, on vérifie, on pense et on opère en termes de rapprochements analogiques. C’est utile bien sûr, mais si nous voulons avoir quelque idée des manœuvres possibles avec les patients, il nous faut soutenir la singularité propre à chaque cas. Esquirol se demandait en 1838[2], dans son traité sur les maladies mentales, pourquoi il y avait tant de fous à son époque : il tentait d’isoler des facteurs, il leur donnait valeur causale pour les faire entrer dans le discours de la science de son époque. Il estimait que l’axiome déterminant était l’hérédité mais la clinique naissante l’obligeait à additionner les causes que ses observations convoquaient…Tout cela nous paraît bien loin ! Et pourtant… On retrouve ces considérations chez Pinel mais au-delà de ce que l’on nommait alors les prédispositions – le terme est prudent, il ne condamne pas -, ce sont les observations qui font mouche, en particulier lorsqu’elles donnent place aux dires des malades. Peut-être bien qu’il y a des déterminismes, des gènes responsables mais dans les PDM que je pratique, nous préférons être attentifs à la façon dont le sujet répond de manière souvent surprenante et unique, à ce qui le submerge, au chaos qu’il a rencontré, aux phénomènes de corps qui l’envahissent.

 Ce qui m’oriente tient à un fil rouge : le sujet de l’inconscient n’est pas une structure a priori. Il est à l’œuvre dans ce moment de la rencontre, dès lors qu’il consent à s’expliquer à lui-même, avec un autre. Après coup, nous pouvons cerner, dans l’échange avec les psychiatres et les soignants, la logique défensive à l’œuvre dans le cas – à respecter -, et les arêtes cliniques à retenir. Les solutions du sujet sont toujours insolites, ce qui est plus manifeste dans la psychose que dans la névrose. Pour prendre la mesure de ces étonnements, il faut le transfert : nous n’avons que nos pauvres mots pour nous dire à quelqu’un. C’est la discrète fraternité que nous pouvons partager. Chaque époque a ses maladies langagières, ses modèles qui font mots d’ordre. Les notions de rétablissement, de stabilisation, de réhabilitation peuvent être investies cliniquement parlant, dès lors que les repères des médecins et soignants sont solides ; elles sont ouvertes à une notion que je cultive, celle d’agencement. Que peut-on faire avec ce patient, à partir des usages qu’il a de nous ? C’est au-delà de la question du diagnostic, dont cependant nous devons avoir quelque idée pour savoir comment manœuvrer.

[1] On retrouve cette remarque Vladimir Nabokov, professeur associé de littérature à l’Université Cornell, USA, dans son commentaire de Flaubert et de Madame Bovary. Ce qui compte, c’est le détail.

[2] E. Esquirol, Des maladies mentales, in Textes fondateurs de la psychiatrie française rassemblés sous la direction du professeur Thérèse Lempière, Éditions Privat, 1998.

 

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