SC. Colloque 2019 – Interview – Nicole Borie

Nicole Borie, psychanalyste à Lyon, membre de l’ECF et de l’AMP, enseignante à la Section clinique de Lyon, répond à la question d’Elisabeth Pontier, enseignante à la section clinique d’Aix-Marseille.

Pourquoi Lacan nous invite-t-il à refuser de comprendre ce que les patients nous disent ?

                                                                                                                La clinique, un bien commun[1]

Lacan nous conseille à plusieurs reprises de ne pas comprendre trop vite ce que disent les patients. « S’il y a quelque chose que la psychanalyse est faite pour mettre en valeur, ça n’est certainement pas le sens, au sens en effet où les choses font sens, où on croit se communiquer un sens, mais justement de marquer en quels fondements radicaux de non-sens et en quels endroits les non-sens décisifs existent sur quoi se fonde l’existence d’un certain nombre de choses qui s’appellent les faits subjectifs. C’est bien plus dans le repérage de la non-compréhension, qu’on dissipe, le terrain de la fausse compréhension que quelque chose peut se produire qui soit avantageux dans l’expérience analytique.[2] »

Parions que psychiatres et psychanalystes ont en commun d’être concernés par l’expérience de la rencontre avec la folie ; que cette expérience fonde la clinique et ses repères diagnostiques. Parions aussi qu’elle soit une expérience de laquelle nous acceptons de ne pas nous protéger. Comme le fait remarquer Lacan en 1967, dans son « Petit discours aux psychiatres » : « celui qui se pose en sa présence [celle du fou] dans cette position qui est celle du psychiatre, est, qu’il le veuille ou non, concerné. Il est irréductiblement concerné ! [3] »

Le langage est notre outil, le seul instrument pour nous permettre de repérer « la non-compréhension », ce que Lacan distingue de l’insensé. À chaque rencontre nous avons à mesurer et à contrer tant la fascination pour celui qui parle en « homme libre », que la réassurance de se comprendre dans une empathie que notre époque remet au goût du jour sous les vocables de bienveillance ou de compliance par exemple, ce qui va dans le sens d’une transparence du patient pour son interlocuteur.

Pour les psychanalystes, il n’y a pas d’autre expérience que d’apprendre du langage la structure de l’inconscient. Le diagnostic fait partie de la clinique mais elle ne l’épuise pas. Notre goût pour la clinique nous pousse à refaire sans cesse cette rencontre avec le langage qui « fait le sujet[4] ».

Nous avons à échanger sur cette expérience pour continuer à nous former à cette rencontre. Dans ce petit texte, Lacan insiste sur la dimension de formation pour que celle-ci ne fasse pas obstacle à la rencontre avec la folie.

[1] Castanet H., Interview de présentation du Colloque « Psychiatrie, psychanalyse : quel nouage aujourd’hui ? »

[2] Lacan J., « Petit discours aux psychiatres », Conférence inédite donnée au Cercle d’Études psychiatriques dirigé par H. Ey, en 1967, p. 4.

[3] Ibid., p. 9.

[4] Ibid., p. 14.

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