ACF MAP. Gap – Retour sur la journée « Passage(s) à l’acte…ça marque ! »

Par Elsa Lamberty – Ce fut à Gap une belle journée d’étude en compagnie de Francesca Biagi-Chai, psychanalyste, membre de l’ECF, qui a présenté le 1er décembre 2018 une conférence sous le titre « Le passage à l’acte ou le réel aux limites du discours » (lire la présentation en cliquant ici). Le matin, des membres ACF sont intervenus : quatre travaux autour du thème Passage à l’acte et écriture, questionnés et discutés par notre invitée ainsi que le cartel organisateur de la journée.

Philippe Devesa, psychologue clinicien, membre ACF MAP, a fait entendre à travers le cas de Pierre, jeune adulte en passe à devenir père, qu’au cœur de tout acte il y a un « non » vis à vis de l’Autre, une impasse de l’Autre. Le traitement ouvre sur la trouvaille de Pierre : « Je ne suis pas prêt à être père », qui permet de protéger son enfant des passages à l’acte discrets qui se profilent, laissant ce jeune père perplexe. Le passage à l’acte, souligne notre invitée, est ce trou mortel qui est rupture du discours, là où « qu’est-ce qu’un père » demeure forclos.

Carine Thieux, psychologue clinicienne, membre ACF MAP, a présenté le cas de Robert, vivant en institution, qui est débordé par des propos sexuels et qui se plaint que l’équipe le traite mal. Venir parler à Carine « ça le dégonfle » et l’apaise. L’ensemble de l’équipe se tient avec Robert « sur un bord en procédant par la coupure », la relance du dire sans interprétation, en proposant des mots à Robert. Ce déplacement par le symbolique de l’institution borde le réel pour parer à la pulsion sexuelle déchainée et à la persécution.

Claire Audejean, psychologue expert auprès de la Cour d’appel de Lyon et membre ACF R-A pose la question « Que peut apporter l’expertise sur le passage à l’acte ? ». L’expertise est un temps pour comprendre, un effort pour que le sujet tente à nouveau une parole face à son acte. Claire reçoit des sujets dans l’embarras d’un impossible à dire la cause de l’acte violent, ce dernier en excès et hors langage. La plupart des crimes signent un embarras majeur avec le corps de l’autre et avec l’Autre sexe. « Je ne sais pas pourquoi j’ai fais cela » fait écho au réel de la pulsion dans le passage à l’acte et les témoignages concordent autour d’un sentiment de tension avant l’acte avec une « nécessité absolue de mouvement ». Si le passage à l’acte dévoile un trou dans l’appui de l’Autre, le relai de l’Autre de la justice, dans l’après coup, peut-il permettre un arrimage du sujet dans son effort d’articulation ?

Isabelle Fragiacomo, psychologue clinicienne, membre ACF MAP, a présenté le cas d’Aldo, enfant qui certifie être surveillé et tapé à la récréation. Il est très agité et discute toutes les règles. Aldo témoigne en séance de ses passages à l’acte : « ça vient d’un coup » et « je n’arrive pas à me retenir ». Le traitement avec Isabelle consiste à inventer avec l’enfant un appui du côté de l’imaginaire : il se construit une « vie mode d’emploi », il veut « faire comme tout le monde » et « faire son beau » lors des entrainements sportifs. Alors que les lois du monde lui échappent, Aldo construit un savoir-faire avec le trou pour devenir beau par la métonymie et l’image.

Francesca Biagi-Chai ouvre sa conférence de l’après midi sur cette écriture de Lacan : le discours capitaliste. Ce dernier vise à effacer tout malaise, la division du sujet, prônant le formatage et une vérité toute du sujet, dite de « la transparence ». Ce discours propose un objet avant que le désir du sujet ne se constitue, ce qui tend à faire disparaître le symptôme. Les échappements d’un tel discours qui sature le sujet sont les passages à l’acte, la folie ou encore l’art. La folie, le crime, la création échappent au formatage.

Le sujet « doit être transparent aux autres et à lui-même », singularité et opacité des motivations, qui causent le sujet, sont balayées. L’époque se caractérise à un pousse-au-sens, alors que l’acte lui-même n’est pas forcément lisible du côté du sens. J. Lacan invente le parlêtre qui se constitue d’un traumatisme initial, « troumatisme », et le fait corps. Le trou est un réel dont chacun doit se confronter et en faire quelque chose. Trop de sens pousse à l’acte et bouche le trou.

Dans l’analyse, Francesca Biagi-Chai insiste sur la constitution d’un savoir sur la limite de la vérité, une vérité pas toute, dans laquelle s’attrape des bouts de réel. Notre invitée déploie le schéma R de J. Lacan afin de nous rappeler la construction de la réalité qui limite la vérité pour le sujet névrosé, là où les identifications sont tenues par le Nom-du-père. Dans les psychoses, la Compensatory make believe, selon l’expression de JA Miller, répond au trou de la forclusion, dont les suppléances singulières permettent de « mettre en forme sa jouissance et domestiquer le réel ». Le déclenchement psychotique est ce moment de séparation sauvage entre CMB et la structure psychotique.

En résultent des troubles du langage, même minimes, des phénomènes élémentaires et effets de corps. Le sujet psychotique erre dans le langage et lors du débranchement, la jouissance s’impose comme vérité aux allures de certitude. F. Biagi-Chai évoque le cas d’un jeune homme qui a tué plusieurs fillettes. Avant le crime, ce jeune homme était décrit comme gentil, ne faisant jamais exploser sa colère. Notre invitée souligne qu’il avait pressenti « qu’il allait se passer quelque chose » : cette annonce est à entendre, le sujet connaît et sait quelque chose de lui, même s’il ne s’y reconnait pas.

E. L.



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