CEREDA. 30 juin – Marseille – Boutchou

 

Par C. Borgianini – L’entrée dans l’adolescence : l’abord de cette question au cours de la séance de travail du 24 mai se fait à partir du terme “d’immixtion de l’adulte dans l’enfant”, phrase de Jacques Lacan, reprise par Jacques-Alain Miller dans son intervention de clôture à la 3ème Journée de l’Institut de l’Enfant.

Première partie
Françoise Biasotto a introduit son texte “A propos de l’adolescence de Gide”. La porte d’entrée pour la discussion c’est le terme “d’immixtion de l’adulte dans l’enfant”, phrase de Jacques Lacan, reprise par J-A. Miller dans son intervention de clôture à la 3ème Journée de l’Institut de l’Enfant. Tout de suite la nécessité de définir “l’immixtion” est apparue : action de s’immiscer dans quelque chose ; action de se mêler. Par conséquent, l’immixtion est la rencontre de “l’élément sexuel, toujours étranger pour un sujet”.[1]
Dans l’adolescence de Gide nous retrouvons trois temps logiques (ou moments de franchissement) de cette “anticipation de la position de l’adulte chez l’enfant” :

– A 13 ans, au moment de la scène de séduction de la part de sa tante. Ce “corps étranger” provoque du degoût plutôt que du désir chez l’enfant. Ce moment clef dans l’histoire de Gide porte à la séparation chez lui du désir (tante) et de l’amour (mère).[2] Son corps est touché par le désir de l’autre quand il s’agissait avant d’un désir sans autre. Le fait d’avoir été désiré transformera physiquement Gide : il s’embellira.

– Le voeu que Gide émet à l’égard de sa cousine Madeleine, fille de cette même tante, de l’aimer et de la protéger pour toujours. Cela donnera lieu à un mariage blanc, sans désir.

– L’immixtion du message de Goethe (métaphore paternelle), qui permet à Gide d’accepter son désir et en même temps de trouver sa place en tant qu’écrivain. Cette dernière immixtion portera Gide à l’achèvement de sa personnalité.

Seconde partie
Antje Garbe-Noël nous a parlé de l’oeuvre de Frank Wedekind “L’éveil du printemps”, 1890. Il s’agit de l’histoire de deux jeunes Moritz et Melchior au moment de la “plus délicate des transitions”. Le deux personnages de la tragédie enfantine sont confrontés à un réel qui envahit leurs corps et qui se manifeste d’abord dans leur rêves où ils songent à faire l’amour avec les filles. Ils répondront, à ce surgissement d’un réel, chacun différemment :

– Moritz reste attaché à l’idéal phallique de l’enfant qu’il a été. Son surmoi féroce ne lui permet pas de lever le voile sur la castration. Sans réponse quant au réel du sexe, il finira par se suicider le soir-même où la rencontre avec le corps de l’autre peut se faire au travers de Ilse, une jeune fille à la sexualité débridée.

– Melchior, a contrario, cherche une réponse à ce réel qui envahit son corps. Cela à travers l’interrogation de l’Institution, de la religion (il deviendra athée) et par l’accès au savoir. De plus, Mechior se risquera à la rencontre avec Wendla, et par conséquent à la rencontre avec la jouissance de l’Autre.

Dans cette tragédie il y a aussi l’apparition de l’Homme masqué qui rentre en scène au moment où Moritz, dans le royaume de morts, cherche à faire en sorte que Melchior le suive.
L’Homme masqué, qui pour Lacan est le semblant par excellence, représente, dans l’oeuvre, l’invention de Melchior, le point d’où inventer sa réponse.[3]

Il serait intéressant de continuer à travailler ce terme d’immixtion tant dans le texte de J.-A. Miller que dans les écrits de J. Lacan. De plus l’écriture petit Phi 0 qui apparaît dans le texte de Lacan sur Gide pour décrire le phallus mort auquel André Gide s’est identifié n’est pas évident, il faudrait l’approfondir.

Cristina Borgianini

[1] P. Lacadée, L’Eveil et l’Exil. Ed. Cécile Defaut. p.62.

[2] A la page 173 de Si le grain ne meurt, Gide écrit : “sans doute éprouvais-je déjà cette inhabilité foncière à mêler l’esprit et le sens, qui je crois m’est assez particulière et qui devait bientôt devenir une des répugnances cardinales de ma vie.” Je ne sais pas si cela est pertinent mais ça a fait echo chez moi en lien avec la séparation entre l’amour et le désir.

[3] P.Lacadée, op. cit. p. 88.

 

 

Cristina Borgianini

Prochaine réunion

Jeudi 30 juin, 20h30, Marseille.
Les travaux porteront sur des vignettes cliniques autour de l’adolescence et le suicide ainsi que sur des cas d’adolescentes

Contact : ceredaboutchou@orange.fr

 

 



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