CIEN. Retour sur le 18 novembre à Nice

Le mercredi 18 novembre, Martine Revel, responsable du laboratoire CIEN L’école buissonnière,était l’invitée par le laboratoire de Nice pour participer à un débat autour du film La cour de Babel, de Julie Bertuccelli. 

« Ils viennent d’arriver en France. Ils sont Irlandais, Serbes, Brésiliens, Tunisiens, Chinois ou Sénégalais… Pendant un an, la réalisatrice a filmé les échanges, les conflits et les joies de ce groupe de collégiens âgés de 11 à 15 ans, réunis dans une même classe pour apprendre le français » avec l’aide attentive et inventive de leur professeur, Brigitte Cervoni.

568295Le laboratoire de Nice nous a fait part dans un premier temps de sa lecture du film au travers du thème travaillé dans le laboratoire sur le rapport de l’enfant au savoir : dans cette immersion dans la langue française étrangère à tous ces « exilés, cette professeure loin de nier la langue d’appartenance de chacun de ces élèves, se met en position, passeuse de savoir, traductrice et porte-voix de chacun au groupe, de transmettre une version du « gay savoir ». Chacun se l’approprie à sa mesure dans ce lieu (classe d’accueil) qui fait point d’appui. Le débat s’est alors élargi au public qui réunissait des professionnels de l’enfance grâce à de riches commentaires.

Martine Revel a appuyé, quant à elle, sa lecture du film sur l’orientation que nous a donné J.-A. Miller pour la prochaine Journée de l’Enfant « En direction de l’adolescence ». En effet on pourrait lire ce film comme métaphore de l’adolescence prise en tant que « construction »[i]. Cette classe est un véritable laboratoire où se met en scène ce qui se joue dans ce temps à prendre non comme une maturation mais comme une scansion[ii]: quelque chose arrive dans la vie de ceux que nous pourrions encore appeler des enfants lorsqu’ils sont tenus, par les parents, de quitter leur langue maternelle (leur pays) sous l’injonction d’étudier et non plus de jouer… Ils se doivent de répondre à l’Idéal parental de « réussir ». Nous voyons alors ces élèves pris dans une inertie qui se localise autant dans les corps que dans les propos empreints de nostalgie, de résistance ou de dépression. Il va leur falloir « construire » une nouvelle façon de faire, élaborer un nouveau savoir, chacun avec son histoire et à partir de celle-ci. « Le moment pubertaire est un moment où le narcissisme se reconfigure »[iii]. Nous voyons dans ce film comment s’ouvre, avec l’aide du professeur, un champ « du possible »[iv], une voie pour le désir plutôt que pour l’identification[v] qui serait du côté d’une fermeture sur la communauté adolescente. Et de cette voie là nait le mouvement, celui des corps qui sautent, qui s’étreignent, filmés ainsi par la réalisatrice qui, au début, faisait des portraits, sous forme de gros plan. C’est aussi le mouvement d’une parole qui devient plus souple dans cet apprentissage difficile de la langue de l’Autre.

Parce qu’on peut repérer « in vivo » les basculements, les lignes de tension, les chicanes qui marquent la sortie de l’enfance, ce film s’avère être un véritable outil de travail pour avancer vers la Journée de l’Institut de l’Enfant en 2017.

[i] Miller J.-A., « En direction de l’adolescence », Intervention de clôture à la 3e Journée de l’Institut de l’Enfant, Interpréter l’enfant, Collection La Petite Girafe, Navarin, novembre 2015.

[ii] Focchi M., «  L’adolescence comme ouverture du possible », Mental, n° 23, décembre 2009, p.39.

[iii] Miller J.-A., op. cit.

[iv] Focchi M., op. cit., p.29

[v] La Sagna P., « L »adolescence prolongée, hier, aujourd’hui et demain », Mental, n°23, décembre 2009, p.21.



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