Faire couple avec un soignant

Le bureau de ville Gap-Manosque de l’ACF MAP organisait le 24 juin sa troisième soirée-débat préparatoire à la Journée d’étude du 19 septembre prochain, qui se tiendra avec Marie-Hélène Brousse, psychanalyste de l’ECF sur le thème de l’addiction, et dans la perspective des 45e journées de l’Ecole de la Cause freudienne Faire couple – Liaisons inconscientes. Compte-rendu, par Isabelle Fragiacomo.

Lire la présentation de la soirée du 24 juin.

Lire la présentation de la journée d’étude du 19 septembre.

Dans la première partie de la soirée, Angélique Pognart et Joël Chauvin, infirmiers de secteur psychiatrique dans le service d’addictologie Arzeliers, du Centre hospitalier Büech-Durance à Laragne, se sont entretenus avec Isabelle Fragiacomo, de l’ACF-MAP. Puis Catherine Schaaff, infirmière coordinatrice à Symbiose, réseau de santé territorial des Hautes Alpes, s’est entretenue avec Carine Thieux, de l’ACF-MAP.

« Ma maîtresse, mon amie, mon unique confidente… ». C’est ainsi que certains patients admis dans le service d’Arzeliers parlent du lien qu’ils ont eu avec l’alcool, parfois depuis des dizaines d’années. Ils ont pourtant demandé par écrit à faire la cure de 5 à 8 semaines proposée par ce service, cure visant, au-delà du sevrage de l’alcool, à les accompagner dans l’abstinence. Angélique Pognart et Joël Chauvin ont témoigné de cette demande souvent entendue en entretien : « Je n’en peux plus, débarrassez-moi de cette merde ! » Ils sont très attentifs aux paradoxes de cette demande, repérant que l’alcool avait une fonction pour ces personnes, et que l’abstinence peut fragiliser certains. Pourtant les graves enjeux somatiques incitent parfois à accepter des demandes de cure délicates à mener, nécessitant alors d’aménager le cadre thérapeutique.
La discussion a permis de mettre en valeur ce temps court proposé aux patients, qui rappelle le pari que font les CPCT (Centres psychanalytiques de consultation et de traitement), qu’en peu de séances la jouissance puisse être entamée. Il s’agit de provoquer une mise au travail. Les échanges ont souligné l’importance des entretiens infirmiers proposés régulièrement tout au long de la cure, comme « produit de substitution » à l’alcool. Pour ces personnes qui avaient fait de l’alcool un partenaire en soi, ou bien un adjuvant indispensable pour pouvoir aller vers les autres, la proposition de soin pourrait se dire ainsi : faire couple avec un soignant, plutôt qu’avec une bouteille !

Pour Catherine Schaaf, les addictions des personnes qu’elle reçoit ne sont en soi pas un problème. Dans cette pratique du maintien à domicile de personnes présentant des problématiques sociales et sanitaires complexes, la question de la relation est également au cœur du soin. Catherine Schaaf nous fit entendre comment elle a pris appui sur l’addiction à l’alcool d’une personne suivie, trouvant à la rencontrer dans les bars qui constituaient son unique circuit social. A partir de ces rencontres, cette personne put commencer de lui adresser ses demandes, trouvant au fil de la relation à inclure le bureau de Symbiose dans son circuit.
La question de l’addiction dépend en fin de compte du discours dans lequel on se situe ! Dans ce réseau de soins, ce serait plutôt la relation aidant-aidé, base de la possibilité du maintien à domicile, qui se présente parfois comme une addiction à traiter. Il s’agit alors que le soignant trouve à s’immiscer dans cette relation particulière, pour produire une petite coupure. « Je n’en peux plus de ma mère », vient se plaindre une dame déjà âgée, qui n’a jamais quitté le domicile de sa mère quasi-centenaire et dépendante… Là encore, les soignants se prêtent à un « faire couple » qui permet de traiter un peu le ravage de ce qui ressemble alors à une addiction.

Isabelle Fragiacomo

 



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