CIEN – Retour sur le 21 février

Le samedi 21 février dernier, le laboratoire CIEN « L’école buissonnière » de Manosque invitait des artistes autour du thème de la création : un photographe, Antoine Poupel, des musiciens, Raphaël Imbert et les Taxidermistes, des poètes, Sonia Chiambretto et Marie-Josée Desvignes. 

Raphaël Imbert (à g.) et le groupe des Taxidermistes lors de la rencontre du 21 février.

Raphaël Imbert (à g.) et le groupe des Taxidermistes lors de la rencontre du 21 février.

Ce laboratoire s’est constitué autour de la question du lien que les enfants et les adolescents tentent de nouer entre leur langue et leur corps. Quelles inventions, voire même quelles créations produisent-ils ? Après la projection du film A ciel ouvert, de Mariana Otero, qui nous enseigne sur les modalités de l’invention, nous voulions aborder ce qu’il en est de la création. A quoi répond-elle et quelle est sa capacité de transmission ?

La lecture des interventions de Jacques-Alain Miller « Lire un symptôme[i] » comme « L’inconscient et le corps parlant[ii] » furent des boussoles dans la rencontre avec les artistes (lire la présentation de la rencontre). Nous avons pu entendre en quoi leur art précède le psychanalyste et en quoi celui-ci s’y trouve impliqué.

Nous avons appris qu’il n’y a pas vraiment de mots pour dire ce qui fait la jointure entre la langue et le corps, ce qui fait choc : quelque fois c’est un objet, livre ou instrument transmis ou une sonorité qui traverse comme un petit miracle, « le miracle du souffle qui se fait son », disait R. Imbert, une contingence donc qui change tout. « Il y a une métaphore de la jouissance du corps, cette métaphore fait évènement, fait cet évènement que Freud appelle fixation.[iii] »

C’est dans un second temps qu’une signification est donnée pour tenter d’inscrire la rencontre, comme sauvetage d’une période chaotique, comme refuge qui vient occuper la place vide ou désoeuvrée de l’adolescence, comme autorisation de parler de ce qui ne pouvait se dire. «Et après la métaphore de la jouissance il y a la métonymie de la jouissance, c’est-à-dire sa dialectique. A ce moment-là, il se dote de signification »[iv]. Cette tentative échoue à rendre compte de ce qui a traversé l’existence de chacun. Alors il y a l’improvisation, la performance, l’écriture pour « attraper ce moment vivant », pour tenter de « garder cet espace ensauvagé ». « L’interprétation comme savoir lire vise à […] la rencontre matérielle d’un signifiant et du corps, au choc pur du langage sur le corps.[v] » La création apparaît alors comme acte qui interprète cet instant, qui transforme cette langue privée en langue commune.

« L’interprétation est un dire qui vise le corps parlant et pour y produire un évènement, pour passer dans les tripes, disait Lacan.[vi] » Ce fut cet après-midi-là une belle rencontre. D’autant qu’elle se termina par un petit concert improvisé !

Martine Revel

[i] Miller J.-A., « Lire un symptôme », Mental, n° 26, Seuil, 2011.

[ii] Miller J.-A., « L’inconscient et le corps parlant », La Cause du désir, n° 88, Navarin, 2014.

[iii] Miller J.-A., « Lire un symptôme », op. cit., p. 56.

[iv] Ibid.

[v] Ibid., p. 58.

[vi] Miller J.-A. « L’inconscient et le corps parlant », op. cit., p. 114.

 



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