Lacan Quotidien n°452 : Pour Charlie 3

Dans LQ 452, « Le retour du blasphème », par Jacques-Alain Miller, aux côtés des textes de Clotilde Leguil, Nathalie Jaudel, Dominique Miller, Philippe De Georges. 

Dessin adressé à LQ par Hector, 12 ans.

Dessin adressé à LQ par Hector, 12 ans.

Jacques-Alain Miller – « Le retour du blasphème »
« On dit : « Ce sont des barbares. » Sans doute. Cependant, ce terrorisme-là n’est point aveugle, il a les yeux ouverts, il est ciblé. Il n’est pas non plus muet. Il crie : « On a vengé le prophète Mohammed ! » On imaginait à la fin du siècle dernier que des notions comme le blasphème, le sacrilège, la profanation n’étaient que des vestiges du temps passé. Il n’en est rien. On doit constater que l’âge de la science n’a pas fait s’évanouir le sens du sacré ; que le sacré n’est pas un archaïsme. Sans doute n’est-il rien de réel. C’est un fait de discours, une fiction, mais celle qui fait tenir ensemble les signes d’une communauté, la clé de voûte de son ordre symbolique. Le sacré exige révérence et respect. Faute de quoi c’est le chaos. Alors Socrate est invité à boire la cigüe. Nulle part, jamais, depuis qu’il y a des hommes et qui parlent, il n’a été licite de tout dire.
Sauf en psychanalyse, expérience très spéciale, explosive, qui n’en est qu’à ses débuts.
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Clotilde Leguil – « Avec Freud et Lacan, nous sommes Charlie »
Comme le disait Charb, « c’est l’éclat de rire qui décide ». Qui décide quoi ? Qui décide si le dessin est bon, mais aussi si le message passe, s’il a trouvé un sens par-delà la censure, par-delà les discours bétonnés et sclérosants, par-delà la peur de dire et de penser. Comme le fait l’inconscient, le dessinateur montre avec des images le non-dit du discours que l’ordre courant tient sur lui-même. Le dessin de caricature, comme l’inconscient avec ses rêves, ses lapsus et ses actes manqués, nous réveille, nous dérange, nous réchauffe en produisant un éclat de rire.
Jeudi 8 janvier 2015, pas une seule séance d’analyse à Paris qui ne commence par évoquer ce qui s’est produit la veille.
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Nathalie Jaudel : « Qui est Charlie ? »
« Je suis Charlie ». Une heure après l’attentat, le slogan s’est répandu comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. La veille, comme chaque semaine, j’avais reçu la newsletter électronique de Charlie Hebdo. Y figurait, parmi les couvertures auxquelles nous avions échappé cette semaine, une caricature de Michel Houellebecq, du crayon de Charb, accompagnée de cette légende : « Scandale ! Allah a créé Michel Houellebecq à son image ! ». J’avais souri et m’étais dit, en passant : « Quel culot ils ont ! ».
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Dominique Miller – « Aux armes citoyens ! »
Des hommes sont morts au combat pour que vive la République. Tel a été l’acte de bravoure de nos amis dessinateurs de Charlie Hebdo. Leur arme, cela a été remarqué par tous, était un crayon. La psychanalyse ne peut que confirmer qu’un crayon, ou plus précisément un trait de crayon, est implacable. Le trait tiré est destiné à devenir marque. Le trait tiré fait mouche parce que, alors qu’il paraît inoffensif, il atteint sa cible. Ce trait vaut, par sa seule existence. La surprise désormais est de mesurer qu’il peut à lui seul porter un message plus percutant qu’un discours.
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Philippe De Georges – « Le nom de Charlie »
Depuis hier, 7 janvier 2015, Charlie est le nom le plus porté en France. C’est devenu en quelque sorte un nom commun. De quoi Charlie est-il le nom ?
Pas seulement d’un journal que je ne lisais pas et dont je n’appréciais pas la ligne : c’est le nom de celui qu’on tire à vue comme un lapin, qu’on abat d’une balle comme un chien. C’est aussi le nom de celui qui peut dire qu’il préfère mourir libre et debout, que de vivre à genoux. Et c’est devenu le nom de ceux qui refusent qu’on attente à la liberté d’opinion. En ce sens, c’est le nom
du courage, « le courage de juger et de conclure », disait Lacan (Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, p. 40), dont on aimerait pouvoir dire que c’est pour nous tous une vertu retrouvée.
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Lire aussi LQ 450 et LQ 451.



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