CIEN – Retour sur le 27 novembre

Le laboratoire du CIEN à Manosque L’école buissonnière proposait le 27 novembre 2014 la projection du film documentaire À ciel ouvert, de Mariana Otero, en présence de Marina Puissant (association La Main à l’Oreille). Compte rendu, par Martine Revel.

AcielouvertCe film documentaire nous ouvre les portes d’une institution belge prenant en charge des enfants psychiquement et socialement en difficulté : le Courtil.  Cette projection s’est faite en présence de Marina Puissant, membre de La Main à l’Oreille, dite LaMàO – association créée par des parents et amis de personnes autistes –, et mère d’un adolescent actuellement au Courtil.

Le débat qui a suivi réunissait quatre-vingt personnes (professionnels et parents). Il a rendu compte du fort intérêt, voire de la stupéfaction devant une clinique aussi rigoureuse dans l’accueil et l’écoute de ces enfants en grande difficulté, présentés avec un tact extraordinaire par la réalisatrice du documentaire. Comment les intervenants peuvent-ils faire avec autant de tranquillité, autant de disponibilité ? Quels moyens ont-ils pour cela ? Les réponses étaient données par ce que l’on voyait du travail en amont, réunions, supervisions, orientation théorique.

Malgré la souffrance palpable de ces trois ou quatre enfants que Mariana Otero a choisi de suivre dans leur quotidien, le lieu où ils vivent apparaît comme havre d’apaisement, de tranquillité. Il est surtout un lieu d’invention face à l’énigme qu’ils sont pour eux-mêmes et pour ceux qui les entourent. Ces axes soulevés dans la discussion, tranquillité, disponibilité, invention forment l’essentiel de ce que ce film nous apprend. Ils ne sont pas issus de la bonne volonté des intervenants, ni d’aucune forme d’improvisation, mais d’un travail constant orienté par la psychanalyse. La psychanalyse met au travail de l’inconscient, fût-il « à ciel ouvert », ainsi qu’en parle Jacques Lacan au sujet de tous ceux dont on peut repérer la souffrance. L’invention ne s’improvise pas. Elle est pour ces enfants comme pour leurs intervenants un travail de chaque instant pour parer à l’insupportable.

C’est sur ce point essentiel que témoignait ce soir-là Marina Puissant. La place qui est donnée à l’invention, se diffuse vers les parents grâce au respect et à l’écoute qui leur sont dûs, ce qui les encourage à les privilégier avec leur enfant. Tel est l’objectif de La Main à l’Oreille : promouvoir une approche qui prenne en compte la subjectivité des personnes autistes et accueille leurs inventions ». Le témoignage est un des axes de LaMàO et c’est ce à quoi notre invitée nous a sensibilisés : entendre en quoi l’orientation analytique du Courtil a des effets incontestables d’apaisement, pour son enfant comme pour elle-même.

C’est encore avec ce désir de partage qu’elle nous a ouvert les yeux sur le rôle majeur de la caméra de Mariana Otero : tous ces enfants pour lesquels le regard de l’Autre est insupportable ont accepté d’être regardés par cet œil-là, un œil qui, paradoxalement fait écran pour le regard et qui, on le voit bien dans le film, a des effets structurants pour plusieurs enfants. La caméra a été ainsi une invention de plus que le Courtil a su accueillir.

Cette soirée fut donc une étape pour le laboratoire CIEN, dont le thème de recherche porte sur l’acte de création comme nouage de la langue et du corps, ainsi que sur l’invention comme processus vers ce nouage. Ce ciné-débat aura fait date pour le public également qui, malgré l’heure tardive tardait à se disperser. À la sortie du cinéma, des groupes se constituèrent pendant encore un certain temps, pour échanger sur ce film magnifique qui en a troublé plus d’un.

Martine Revel, responsable du laboratoire L’école buissonnière

 



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