« Cette maladie broie les gens »

Le Blog SC s’entretient avec des acteurs de l’action sociale, médico-sociale ou éducative sur leur rencontre avec la folie au quotidien. Ici, Patrick Contois, Directeur général de l’association Serena.

Le Blog SC : pouvez-vous nous détailler votre fonction ?

Le prophète, double autoportrait, Egon Schiele (1911).

Le prophète, double autoportrait, Egon Schiele (1911).

Patrick Contois : Je suis le directeur général de l’association Serena. La plus ancienne œuvre de Marseille elle a été créée par Louis XIV. Nous avons fêté cette année ses 300 ans. Reconnue d’utilité publique en 1860, C’est une très vieille dame qui intervient depuis sa création dans les domaines de l’enfance et de la protection de l’enfance. Elle est présente dans le champ traditionnel de nos métiers avec des maisons à caractère social, dans le champ médico-social (CMPP, IME, SESAD,) et dans le secteur sanitaire, avec un hôpital psychiatrique pour adolescents. C’est une association qui ne se consacre qu’à la prise en charge, au soin et à l’éducation d’enfants et d’adolescents à Marseille. Cela représente à peu près 300 salariés et 1500 enfants accompagnés de différentes manières, du SESSAD à l’accompagnement en CMPP et à l’hospitalisation complète en état de crise. C’est une des associations les plus importantes de la ville de Marseille.

Quelle rencontre avez-vous l’occasion de faire avec la folie dans votre champ professionnel ?

P. C. : Je fais ce métier de directeur d’association depuis plus de trente ans et j’ai été confronté à certain moment dans ma carrière à la folie, à la maladie mentale, dans le cadre professionnel. Quelquefois, il y a eu des émergences un peu brutales de la folie et on a vu des situations se dégrader. Il y a quelques temps, nous avons été confrontés à la perte progressive d’autonomie d’une de nos salariées. Ce qui montre que la folie peut être une compagne dans des associations comme les nôtres aussi.
La rencontre avec la folie, c’est notre métier Nous sommes engagés sur le champ de la psychiatrie infanto-juvénile, c’est notre caractéristique. En revanche en tant qu’employeur, nous avons été amenés parfois à rencontrer des salariés, travailleurs sociaux, personnels administratifs souffrant de maladie mentale que nous avons du accompagner. Cette souffrance psychique, quand elle se révèle, prend une place particulière dans les relations entre le salarié et la direction et le salarié et ses collègues. Nous avons du traiter des situations qui déconcertaient beaucoup. Autant nous sommes habitués à nous occuper des pathologies de nos usagers, autant nous sommes moins à l’aise lorsqu’il s’agit de proposer un accompagnement adapté à nos collègues. C’est une dimension tout à fait particulière.

Pouvez-vous nous confier un événement marquant de la rencontre avec la folie pour vous ?

P. C. : J’ai été concerné très tôt par la maladie mentale. Une de mes proches parentes était schizophrène et ce n’est probablement pas par hasard si j’ai continué dans ce secteur, où je suis relativement à l’aise. La souffrance psychique est une vieille compagne. Cela a été déterminant pour moi et cela me permet d’avoir un regard plus compréhensif que d’autres personnes avec les malades mentaux avec lesquels j’ai une familiarité particulière.
Le moment le plus saillant remonte à quelques années. C’était avec un salarié, qui a sombré très rapidement dans une pathologie envahissante et que j’ai dû retirer du service dans lequel il travaillait. Ce collaborateur l’a mal vécu et a sombré. Il va mieux aujourd’hui mais a été hospitalisé et m’en a beaucoup voulu. Il considérait que je l’avais trahi en ne lui laissant pas le poste qu’il aimait. Cela a été très difficile. Il a très mal vécu la perte professionnelle occasionnée par sa pathologie. Il a été arrêté plusieurs années. Cela nous a beaucoup ébranlés, en particulier de voir comment cette maladie broie les gens.

Propos recueillis par Renée Adjiman



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