ACF MAP – Lilia Mahjoub : Illusions, symptômes et ravages de la rencontre

« Si Lacan nous enseigne l’impossibilité d’écrire le rapport sexuel a priori, qu’est-ce qui rend possible la rencontre amoureuse ? » A cette question, Lilia Mahjoub a apporté un éclairage tout à fait passionnant dans le cadre des grandes conférences de l’ACF MAP sur le thème « L’homme, la femme, la rencontre », samedi 27 septembre dernier à Marseille. Compte rendu, par Françoise Denan.

La rentrée était-elle pessimiste à Marseille le samedi 27 septembre, avec cette conférence de Lilia Mahjoub ? Sur le thème « L’homme, la femme, la rencontre », notre invitée avait choisi de parler sous le titre « Illusions, symptômes, ravages ». N’y aurait-il rien à attendre de la rencontre sinon la déconvenue, sous ces différentes modalités ? Est-ce là le propos ? Cela dépend de la façon d’envisager ladite rencontre, qui est toujours « manquée », nous dit-on. Réfléchissons avec cette équivoque comme outil.

La rencontre ratée

Avec la rencontre – que l’on suppose aussitôt amoureuse –, l’imaginaire fait ses délices et les sites spécialisés leurs choux gras. La chute est à proportion de l’illusion : à l’occasion, on en parle en analyse, déclinant la gamme de ses vicissitudes (impuissance sexuelle, absence d’engagement ou de désir…). Mais « faire réussir un amour […] c’est une gageure[1] ». Car ce à quoi l’analysant se cogne, c’est au réel du non-rapport sexuel. Cela ne signifie pas l’absence de relation sexuelle, évidemment, mais la disparité des logiques et des jouissances entre positions masculine et féminine : l’homme ne jouit que de son organe[2], de façon auto-érotique, comme un idiot[3] ; une femme confond relation sexuelle et amour. Bref, la « structure [du sexe], c’est le duel[4] ».

La rencontre ratée, c’est celle des deux modes de jouissance sexuelle qui ne font pas rapport. Cela ne cesse pas de ne pas s’écrire. Autant parler à un mur. En effet, la parole se heurte au mur du langage qui ne peut attraper ce réel du rapport sexuel qu’il n’y a pas entre les êtres parlants. Elle s’en trouve dévaluée.

La rencontre orientée sur le manque

C’est pourquoi, pour parler les aventures des hommes avec les femmes, Lacan en passe par « un discours qui ne serait pas du semblant[5] », c’est-à-dire par les mathèmes – les petites lettres – et la logique. Lacan propose l’équivoque l’« a-mur[6] ».

Or, « Les murs […] c’est fait pour entourer un vide[7] », dans lequel vient se loger l’objet. Avec cette simple invention dont il déploie les conséquences, il fait entendre que, contrairement au rapport sexuel qui ne peut s’écrire, l’objet a, lui, peut s’inscrire sur le mur. Là, la rencontre a lieu : ce que l’on rencontre en analyse, c’est l’objet a de son propre fantasme, cause du ratage de la rencontre amoureuse. Ainsi, sur fond d’exil du rapport sexuel, la rencontre, elle, s’écrit. Elle s’écrit avec un partenaire devenu symptôme et non plus avec un Prince charmant en guimauve.

C’est une vraie bonne nouvelle. Car puisque la rencontre s’écrit, elle laisse une trace, que précisément l’analyste recueille. Ainsi l’analysant peut-il attraper un bout de réel particularisé.

Que le vecteur de l’analyse passe de la parole à l’écriture change totalement la visée de la cure. L’analyste s’y fait dupe de l’objet, non des signifiants. Autrement dit, il s’oriente de ce qui achoppe, parce que ce n’est pas nommable : « à ce qui s’énonce de signifiant, vous donnez une autre lecture que ce qu’il signifie[8] ».

[1] Lacan, J., Le Séminaire, livre XIX, …ou pire, Seuil, p. 154.

[2] Lacan, J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Seuil, p. 13.

[3] Ibid., p. 75.

[4] Lacan, J., Le Séminaire, livre XIX, …ou pire, op. cit., p. 154.

[5] Lacan, J., Le Séminaire, livre XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant, Seuil.

[6] Lacan, J., Le Séminaire, livre XIX, …ou pire, op. cit., p. 81.

[7] Lacan, J., Je parle aux murs, Seuil, p. 87.

[8] Lacan, J., Le Séminaire, livre XX, Encore, op. cit., p. 37.

 

Ecouter et lire Lilia Mahjoub sur le web (sélection) :

> A écouter :
– l’entretien de Lilia Mahjoub avec Anaëlle Lebovits-Quenehen, sur le thème du dernier congrès de l’AMP : Un réel pour le XXIe siècle (5 mn).
– Sur le site de l’ECF : « L’utilité publique de la psychanalyse » (15 mn).

> A lire :
– Sur le site de La Règle du Jeu, à propos du Mariage pour tous : « Du mariage aux mariages »

Lire la présentation du cycle 2014 des grandes conférences de l’ACF MAP

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Télécharger le programme des grandes conférences de l’automne au format pdf : Grandes conférences ACF MAP automne 2014

 



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